Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.
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28-06-2004 :Nous n’irons pas au lac Khovsgol, la perle de la Mongolie ! la piste semble très difficile et la frontière est encore bien loin. Et pourtant, il y a bien une frontière tout près d’ici ! Il suffit de faire 100 kilomètres, de prendre un ferry, la Russie est toute proche ! Un jeu de retourner à Irkoutsk. Mais la frontière est fermée aux étrangers ! La chaleur est lourde et orageuse. Nous allons à Internet, faisons permuter les pneus, et achetons viande et légumes au marché avant de retourner sur nos pas. Le vent de sable souffle, une troupe de chameaux passe lentement, nous nous arrêtons 36 kilomètres plus loin dans un grand pré.Il pleut pendant la nuit. 29-06-2004 :Le ciel est gris et maussade. Nous nous arrêtons à midi en haut d’un col. Il pleut, il fait froid! La piste est mauvaise et glissante par endroits. Un pneu de l’hymer de Françoise et Paul éclate. A 4 heures nous sommes de retour à Tsagaan Ulul, nous bifurquons vers l’ouest. Un gros nuage nous poursuit. Des milliers de minuscules asters poussent dans cette région désolée. La piste n’est plus qu’un étroit chemin de terre aux profondes ornières rendues glissantes par la pluie, mais les cailloux pointus sont toujours là. Nous traversons ensuite une région herbeuse mais déserte et arrêtons au sommet d’une colline à 2060 mètres d’altitude. Le réservoir de carburant de Germain est percé. Il répare sous une pluie fine qui ne cesse pas. 30-06-2004 :Montées, descentes: la piste étroite est ravinée par la pluie ! Des cailloux, du sable, de la boue, des gués… Nous roulons dans un désert d’herbes et de fleurs. A Tsetserleg 2, nous traversons un bourbier ! Puis un pont de bois délabré ! A 15 heures il faut jouer de la barre à mine: Le CC de Paul est coincé dans les roches aigues ! Après Herboom, la piste s’améliore : le sable et la tôle ondulée sont moins stressants que les cailloux pointus. La soirée est paisible dans une vallée heureuse. L’eau d’une petite rivière coule gaiement : c’est bon de jouer les lavandières près d’un cheval qui se désaltère et d’un 4x4 qui traverse le gué. Jacques s’ensable, se tire de ce mauvais pas avec le treuil. Deux mongols arrivent, à cheval, entrent, nous font boire de la vodka au goulot et admirent nos belles yourtes roulantes. Après le repas, nous traversons le ruisseau et assistons à la fabrication artisanale du feutre qui sert à construire les yourtes. Les enfants qui jouent, pieds nus dans l’herbe sont manifestement très heureux ! 01-07-2004 :Nous descendons dans une petite forêt de pins, puis nous roulons sur un plateau où la piste serpente entre des collines douces. Quelques yourtes, ensuite la région n’est habitée que par de petits rongeurs, des insectes et des oiseaux. Nous passons à Bayantes, petit village coloré et sympa. Les nuages s’alourdissent ! Nous essayons de faire des courses à Tes et entrons dans toutes les boutiques. On peut acheter des gâteaux secs, des bonbons, des pâtes, de l’huile, un peu de vaisselle, quelques vêtements, mais nous voudrions des légumes,des œufs et des fruits. Ces produits sont introuvables dans cette région de la Mongolie ! Par contre c’est ici que j’ai acheté un pain excellent ! Nous retrouvons une piste difficile dans une mauvaise zone de sable et passons la nuit sur un plateau battu par les vents, dans un champ de hautes graminées presque mûres et de fleurs ! Nous n’avons rencontré aucun véhicule aujourd’hui. Le coucou chante, le ciel est orageux ! 02-07-2004 :L’orage gronde, la pluie tombe à torrents. C’est bien inquiétant ! A la croisée des pistes, le GPS nous permet d’éviter la route des sables, impraticable pour nos lourds véhicules.Comment serait-il possible de trouver son chemin sans GPS dans ce pays où les pistes partent dans toutes les directions, où les panneaux et la circulation sont inexistants ? Quelques cultures et une ferme au milieu de cet immense désert vert. Nous traversons un petit village où l’on voit de nombreux engins agricoles. Une montagne enneigée se dresse à notre gauche. Trois mauvais gués avant d’arriver à Baruunturuun et nous roulons dans un lit de rivière caillouteux ! Encore un passage dangereux. Il faut descendre presque à pic sur des pierres tranchantes. Attention aux pneus ! Voici un plateau roussâtre et désertique. Sur la piste traînent des ferrailles: pots d’échappement brisés, morceaux de parechocs, des pneus éclatés ! Dans la steppe, des squelettes de gros animaux blanchissent au soleil. Tout cela est peu encourageant. Il fait chaud! Un mirage d’eau bleue s’éloigne devant nous. Nous passons la nuit sur le plateau face à Zuingovi. Les mongols viennent à nous à cheval, entrent dans les CC, ouvrent les placards, émerveillés par nos yourtes roulantes. Ils nous apportent du fromage de jument, des pâtisseries maison, et demandent en échange, devinez quoi ? Des pommes de terre !03-07-2004 :La piste est déplaisante. Nous traversons une longue zone désertique et sableuse, creusée d’ornières et couverte de végétation poussiéreuse. Près du lac UVS il faut rouler vite pour ne pas s’enliser dans le sable. Les moustiques sont agressifs mais de jolis liserons rose vif poussent là. Une zone marécageuse nous sépare du lac UVS, le plus grand lac de Mongolie. Le lac, d’un bleu profond s’éloigne de nous et nous nous rapprochons des montagnes bleues. Difficile d’accéder à Ulaangom (sable rouge), la dernière grande ville mongole avant la frontière. Même avec le GPS. Nous accrochons une grosse pierre. Le moteur common rail de l’Hymer avale un peu d’eau dans un gué et refuse de démarrer. Heureusement Germain est là. Nous arrivons à Ulaangom où nous cherchons en vain fruits et légumes avant de nous installer pour la nuit un peu à l’écart de la ville. Le temps est orageux. 04-07-2004 :Enfin une grasse matinée. C’est dimanche, nous prenons une journée de repos avant d’aborder les pistes difficiles de la montagne. Au démarrage, l’hymer fume bleu, ce qui nous inquiète. Nous partons vers un petit garage, (mais est-ce bien un garage?) pour le vidanger. Ensuite, c’est le marché, puis une journée tranquille sur un parking ombragé. Le soir, de nombreux mongols viennent bavarder avec nous. 05-07-2004 :Après Internet, les dernières courses et l’eau à la citerne, nous continuons notre périple. Nous roulons sur 35 km d’un goudron inespéré puis sur 30 km de bonne piste de terre. Nous passons un col à 2000 mètres d’altitude où trônent 6 ovoos, face à une haute montagne couronnée de neiges éternelles. Les difficultés recommencent. Germain doit réparer un tuyau crevé par une pierre tranchante. Un troupeau de vrais chameaux passe. Nous dormons face à la montagne enneigée. 06-07-2004 :A 8 heures 30, nous apercevons le lac Uüreg Nuur. Nous traversons un lit de rivière très caillouteux et, après quelques dévers dangereux, nous arrivons devant des yourtes et photographions un grand troupeau de chèvres rousses et de moutons blancs. Le GPS avait bien indiqué la bonne direction, mais la piste s’arrête là. Deux mongols à moto nous aident à contourner le lac. Puis le joli lac Uüreg Nuur aux eaux turquoise disparaît et nous entrons dans un enfer de cailloux et de rochers pointus. Une troupe de dromadaires se repose près d’une yourte. Nous roulons au pas sur une piste de plus en plus difficile et passons au milieu d’un troupeau de vaches qui ne nous regardent même pas. Il pleut. Une pluie froide mêlée de neige. L’hymer s’enlise à plusieurs reprises. Francis le tire de ces mauvaises passes avec son 4x4. Nos véhicules, trop bas et trop lourds ne sont pas faits pour rouler sur ces pistes dangereuses. Nous sommes seuls sans guide, sans assistance. Les villages, très pauvres, sont éloignés les uns des autres et n’ont aucun moyen de communication où de dépannage. Nous croisons un ou deux véhicules dans la journée. Eclater un pneu ou avoir une panne importante serait catastrophique. Tout cela est bien stressant ! Nous arrivons enfin au sommet d’un col à 2670 mètres d’altitude et roulons sur une bonne piste. Le GPS nous dit de tourner à angle droit, mais il n’y a pas de piste dans cette direction. Que faire ? De nombreuses yourtes sont installées un peu plus bas. Les curieux arrivent en grand nombre, on nous apporte les friandises locales… Mais quelle direction prendre? Les avis sont partagés. Renseignements pris, nous décidons de continuer à gauche et nous nous éloignons du village de yourtes pour nous reposer tranquillement. Il pleut. 07-07-2004 :Il gèle. Moins 2°5 ce matin. Pendant quelques kilomètres nous roulons très lentement dans un cauchemar de boue et de rochers. Nous n’avons pas pris la bonne piste, mais une piste qui n’apparaît pas sur les cartes. Elle finira bien par nous conduire à Tsagaannuur, la ville frontière. A 10 heures, nous atteignons une petite mine de charbon et à 11 heures nous traversons un bien pauvre village. Les habitants nous accueillent avec des signes amicaux. Nous roulons lentement vers le lac Achit sur des crêtes de mauvaise caillasse pour éviter de profondes ornières. Le charbon affleure un peu partout au ras du sol, mais n’est pas exploité. Le ciel d’un beau bleu limpide se reflète dans ce joli lac. A droite et à gauche s’élèvent de belles montagnes ocre dominées par des montagnes enneigées. Une fois de plus j’admire la douceur des formes, l’harmonie des nuances de cette nature sauvage. Nous contournons le lac par les pistes du Sud pour prendre la direction de Nogoonnuur. La piste, sableuse pendant une dizaine de kilomètres devient de nouveau difficile et rocailleuse. Nous descendons vers le lac Achit, le seul lac de Mongolie que nous pouvons approcher. Quel plaisir de patauger dans l’eau tiède puis de s’asseoir sur une fraîche pelouse verte, fleurie de boutons d’or. Le paradis. Dommage que les moustiques aiment le paradis. 08-07-2004 :Le lac brille dans le soleil du matin. Pas de trace de vie humaine, c’est la nature à l’état pur. Nous prenons une piste de sable rouge puis de petits graviers gris, puis de sable, pensant aller tout droit vers une passe dans les rochers. Il n’y a pas de passe. Nous contournons une énorme masse de roche ocre et roulons sur des crêtes caillouteuses. Enfin, voici la passe. Entre les roches rouges la montagne enneigée se reflète dans le lac. Un peu plus loin, le spectacle est encore plus beau. A 11 heures, entre deux masses de roches rouges, la ville de Nogoonnuur apparaît enfin, entourée de verdure. Des immeubles à trois étages, un château d’eau, c’est une grande ville mongole. Nous allons nous approvisionner en eau, en carburant, acheter du pain. Hélas. nous pénétrons dans une ville morte où vivent quatre hommes et trois chiens. Les maisons sont barricadées, de nombreux carreaux sont cassés. L’écho de nos voix se répercute entre les roches et nous ressentons un étrange malaise. Pourquoi cette ville qui paraissait si agréable est-elle abandonnée ? Encore une fois, c’est bien difficile de trouver la piste. Le GPS nous dit de tourner à gauche à angle droit. A cet endroit, on aperçoit une faille profonde dans la montagne sombre. C’est là que nous devons passer.nous sommes à 28 Km de Tsagaannuur à vol d’oiseau. Un peu plus loin, nous apercevons de curieuses fortifications de terre et de pierre, on croirait voir un kremlin. En fait, c’est un immense cimetière très ancien, peut-être un site archéologique ? De nombreux enclos sont entourés de murs d’argile artistiquement travaillée; à l’intérieur, la plupart des tombes sont ouvertes et semblent vides. Les tombes plus récentes sont enfermées entre des murs de grosses pierres ocre. (1934-2 OO2….un nom…) Combien de camping-cars ont-ils visité ce site étrange ? Nous sommes sûrement les premiers. Bien fou qui voudrait venir ici. Et pourtant nous sommes émerveillés. Un lièvre détale dans la poussière. Nous abordons un désert de cailloux grisâtres et pointus face à la passe qui s’enfile entre deux montagnes noirâtres, C’est là, que nous déjeunons. Un dernier coup d’œil en arrière vers le lac et nous nous engageons dans ce défilé rocheux. Le soleil est brûlant. Un petit torrent coule gaîment dans une étroite vallée. Puis la vallée s’élargit et nous apercevons un village de yourtes. Les enfants viennent vers nous, enfin un peu de vie. Cette vallée est peuplée de nombreuses yourtes, nous sommes même photographiés par un jeune mongol. La piste est moins difficile que ce que nous avions craint. Bien sûr, la chaussée est hérissée de cailloux tranchants, les virages sont raides, les montées et descentes impressionnantes, mais il y a des ponts… Nous voilà justement devant un pont fraîchement réparé. Il est barré. Impossible de passer dans le gué profond où se cachent de mauvaises pierres. Nous forçons le barrage. A 16 heures 30, nous longeons le lac qui s’étale avant Tsagaannuur(lac blanc). A droite des ruines, à gauche des ferrailles, puis un enclos militaire dominé par un mirador. Encore une ville désolée, très peu peuplée où il n’y a pas de diesel. Une large route de tôle ondulée et de graviers gris qui n’en finit pas nous conduit à la frontière. Au premier poste de contrôle nous apprenons que nos amis anglais sont passés en Mongolie le 05-07-09. Arrivés à la frontière, nous prenons une eau froide et pure à une source qui descend de la montagne, mais il n’y a toujours pas de diesel. Le soir, nous nous régalons de raviolis mongols farcis avec du mouton haché et cuits à la vapeur dans une yourte restaurant et passons tous ensemble une excellente soirée. Nous sommes à 2340 mètres d’altitude et avons parcouru 2890 kilomètres en Mongolie en 3 semaines. 09-07-2004 :5°5 ce matin. Michel est souffrant. Jacques et Danièle Peyrin qui voyageaient avec nos amis français sont là, rappelés en France par un problème familial. Nous attendons longtemps, très longtemps. Un douanier demande à entrer dans notre CC, s’assied, appelle : Mama, me met sa casquette sur la tête, c’est la photo. Papa, il en fait de même avec Jacques. Les formalités sont très longues. A midi nous retournons à la case départ, la frontière étant fermée entre midi et 2 heures. A 15 heures 30, tous nos papiers sont en règle. C’est avec un petit pincement au cœur que je dis adieu à cette Mongolie à la fois si douce et si dure dont je n’ai fait qu’effleurer les secrets. |