Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.
Le passage des douanes iraniennes est des plus faciles !
Une charmante jeune femme nous guide avec beaucoup de gentillesse vers les postes de police et de douane. La fouille se limite à la vérification du numéro du châssis.
Bazargan, première ville frontière nous semble triste, femmes et jeunes filles sont voilées, des ralentisseurs traîtres freinent l’ardeur des conducteurs.
Ici, la circulation est anarchique, le code de la route semble inexistant.
Après Maku, s’étend une région désertique peu cultivée et peu peuplée, les montagnes se rapprochent.
Nous ne sommes pas autorisés à prendre de carburant si près de la frontière, on nous sert 15 litres de diesel pour nous dépanner.
A 1 760 mètres, la route est humide, les panneaux routiers couverts de neige.
Les camions, dans la boue, attendent le plein du diesel devant les rares stations.
Le paysage environnant est chargé de neige sous un faible soleil.
A 17 heures locales, (2 heures et demie de décalage horaire avec la France,) nous entrons dans Tabriz en plein dégel, la nuit tombe, nous nous installons près de la gare à l’extrémité du square Komeni.
Vers 10 heures nous partons avec Medhi, un jeune iranien, vers le poste de police pour demander où nous pourrons mettre les plaques, sans savoir que nous allons vivre une bien intéressante aventure.
Après nous avoir montré l’endroit voulu, Medhi nous invite chez son frère et sa belle sœur, jeunes mariés.
Ils vivent dans un appartement luxueux, décoré avec goût. Moussa, ingénieur de son métier, nous offre un bourbon iranien.
Telli, sa jeune épouse, tout heureuse de tester son français, apporte le thé accompagné de douceurs variées.
La télé allumée en notre honneur affiche les informations en France.
Après bien des politesses, on nous montre le luxueux album de mariage, on nous fait cadeau d’un petit tapis !
Nous sommes invités à passer chez la maman du marié. Veuve depuis un an elle vit avec ses trois autres enfants et son petit fils dans un appartement luxueux.
C’est là que nous prenons notre repas de midi, du riz accompagné de kebab, de yogourt et de salade, arrosé d’eau et de thé.
Ensuite, nous partons avec nos amis d’un jour vers leur propriété de famille à une quinzaine de kilomètres de Tabriz.
Pour les iraniens, tout invité est un cadeau de Dieu !
Nous n’oublierons jamais leur hospitalité ni la parfaite gentillesse de leur accueil si touchant. S’ils venaient en France seraient-ils reçus à l’improviste avec une telle chaleur humaine ?
Méditons ce proverbe persan :
« La politesse est une monnaie qui enrichit non pas celui qui la reçoit, mais celui qui la donne. »
4° -2° ! Le gardien, qui nous a aidés à réparer le feu arrière du CC refuse de nous faire payer les deux nuits passées dans ce petit parc tranquille.
Il monte dans sa voiture avec une personne que nous avons déjà vue pour nous montrer comment sortir de la ville.
C’est ce monsieur qui nous accompagne jusqu’au bâtiment où l’on doit prendre les plaques.
Nous passons devant tout le monde, payons 200 000 rials, environ 20 €.
Toujours escortés par notre guide, nous allons payer 50 000 rials à la banque Melli. C’est le salaire de notre ô combien précieux chaperon.
En une heure et demie tout est terminé !
Le CC fier de ses jolies plaques neuves file allègrement sur l’autoroute.
Le soleil éclaire un long désert roux, accidenté, où les neiges sont de plus en plus rares.
8°, 0.5°. Après une averse matinale, le soleil éclaire un désert cultivé puis un désert noirâtre parsemé de touffes sèches et des dunes sombres modelées par le vent. A droite, paraissent les monts Zardkoub déchiquetés dans la brume.

A 11 heures l’autoroute s’enfonce dans la chaîne du Zagros. A 14 heures voici la banlieue d’Esfahan avec ses immeubles gris et ses plantations de sapins et de feuillus bien alignés dans le sable blond.
La traversée d’Esfahan n’est pas trop difficile malgré l’invraisemblable façon de conduire des iraniens.
Nous traversons la ville en direction du square Azadi puis nous prenons la direction de Shiraz. Un peu plus loin, après avoir longé les longues grilles bleues de l’université, à droite, un peu cachée dans les feuillages nous apercevons l’enseigne de Esfahan Tourist Inn qui abrite un vrai camping tranquille et pas cher, 10 dollars pour une nuit.
C’est en camping-car que nous partons visiter Esfahan. La circulation est compliquée, le stationnement aléatoire.
Nous réussissons enfin à parquer le camping-car et à prendre des photos du pont SI-o-Seh, le pont aux trente-trois arches, qui enjambe le Zayandeh. La grande place de l’imam, l’une des plus vastes du monde est encadrée de mosquées aux dômes turquoise, d’un palais perché sur des colonnes de bois de platane et d’un bazar riche en artisanat où l’on peut acheter tapis, miniatures et autres jolis objets. Le centre de la place est orné de bassins et de fontaines.
Nous visitons la mosquée de l’imam, un chef d’œuvre dont les erreurs de symétrie ont été intentionnellement créées pour refléter l’humilité de l’artiste devant Allah !
Le soubassement de marbre, la grâce de l’architecture, la richesse des mosaïques de faïence bleue sont remarquables. L’espace compris entre le dôme et le plafond provoque un étrange phénomène d’écho.
La coupole décorée de roses dorées au cœur des cercles de mosaïques d’un bleu profond est magnifique !
Nous ne sommes pas les seuls à admirer cette splendide mosquée ! Plusieurs groupes de jeunes étudiantes viennent à nous. Elles essaient de nous parler, demandent des autographes, nous offrent des friandises…
Elles sont toutes voilées, mais leurs vêtements sont moins sévères que ceux des femmes plus âgées.
Après avoir acheté un tableau orné de miniatures (comment résister ?) nous visitons le palais Chehel Sotun situé dans un très beau parc arboré qui renferme des fresques uniques au monde.
Les vingt colonnes de bois de platane se reflètent dans un immense bassin, c’est pourquoi on nomme ce palais, palais des quarante colonnes.
Dans le bassin se reflètent aussi les précieuses roses d’Ispahan à demi fanées en cette fin du mois de Novembre.
Nous découvrons ensuite un restaurant tout près de la place de l’Imam. Le menu n’est pas vraiment délicieux, mais le décor typiquement persan, joyeusement coloré, est des plus attrayants.
Les dîneurs, assis en tailleur sur des lits de repos dégustent les spécialités locales.
L’ambiance est gaie, chaleureuse, les jeunes femmes assises à côté de nous voudraient bien nous parler mais la barrière de la langue est totale !
Après ce repos bienvenu, nous partons visiter la moquée Jameh appelée aussi mosquée du Vendredi.
Le double minaret de cette mosquée forme l’entrée des ruelles du bazar qui s’étend jusqu’à la place de l’Imam.
A l’intérieur, les 474 voûtes dénombrées, toutes différentes, sont soutenues par d’imposants piliers en briques.
Des baies d’albâtre éclairent le dôme principal.
On pourrait aussi l’appeler mosquée des voiles noirs.
Sur le parvis on ne peut dénombrer le nombre de commerçants qui étalent des milliers de voiles noirs destinés à envelopper les iraniennes.
Le pont Khaju, le plus beau d’Ispahan, construit en 1 650 permet de réguler le débit de la rivière Zayandey Rud, (large rivière qui prend sa source dans les monts Zagros avant de disparaître dans les sables du désert à une centaine de kilomètres de la ville,) pour irriguer les jardins d’Ispahan.
Une agréable promenade arborée et fleurie s’étale sur plusieurs kilomètres entre les ponts Khaju et Si-o-Seh.
Ispahan est une belle ville, avec ses rues bordées d’arbres touffus cachant en partie les nombreuses boutiques.
Une ville magnifique que l’on ne se lasse pas de revoir !
6°, 0°. Il est vrai que nous sommes à 1 732 mètres d’altitude.
La sortie d’Esfahan est facile en ce jour du seigneur iranien.
Près de Yazd nous apercevons des monticules de terre auprès de puits profonds qui permettent de déblayer les qanâts, canaux d’irrigation souterrains vieux de 2 000 ans creusés pour irriguer le sol, l’eau étant captée dans des sources profondes de 100 mètres, à quarante kilomètres de là, dans la montagne.
Arrivés à Yazd à 14 heures nous avons la chance d’entrer dans la vieille ville par une large avenue.
Nous découvrons l’ensemble Amir Chakmaq dont la belle façade à trois étages est illuminée par le soleil couchant, mais aussi les étranges tours du vent.
Ces ancêtres de nos climatisations actuelles servent à recueillir le moindre souffle de vent de cette région peu clémente.
Le vent pénètre dans la tour au-dessus d’un bassin d’eau froide, rafraîchissant l’air ambiant tandis que l’air chaud est renvoyé à l’extérieur.
Nous avons la chance de visiter le musée de l’eau avec un guide de fortune qui nous montre une curieuse horloge à eau, toujours pleine à cinq heures, consciencieusement vidée en temps voulu par un vieil homme.
Il nous explique que seule la moitié des qanâts fonctionne encore du fait que les pluies se raréfient dans la montagne.
Un projet visant à faire venir l’eau d’ Esfahan avec les moyens modernes est en cours.
Il nous montre aussi une très vieille cuisine et le système ingénieux qui permettait de conserver les aliments : une plate-forme chargée de victuailles descendait au ras du bassin d’eau froide de la tour du vent.
A 16 heures 30, à la tombée de la nuit, nous nous installons dans la rue, devant le musée des sciences de Yazd.
10°5, 5°.Nous contournons les jolis rond points de la ville égayés de jets d’eau, à la recherche de la mosquée Jameh.
Ce magnifique édifice qui s’ouvre sur un portail orné de carreaux de faïence est flanqué de deux hauts minarets.
Nous nous engageons dans les ruelles étroites, couvertes par endroits, de la vieille ville.
Elles sont bordées de hauts murs de pisé percés de petites portes soigneusement cadenassées.
Au hasard de notre marche nous découvrons de petites places, de minuscules cours intérieures, le fournil d’un boulanger…
Nous visitons le temple du feu qui se dresse dans une cour fleurie de roses et de chrysanthèmes, devant une pièce d’eau.
Ce temple érigé en 1 934 contient une flamme sacrée qui brûle depuis l’an 470.
Elle est alimentée de façon rituelle avec du bois sec d’amandier et d’abricotier par un officiant zoroastrien dont le bas du visage est masqué d’une bavette afin que son souffle ne souille pas la flamme.
Le zoroastrisme fut fondé par Zoroastre né en 550 avant Jésus Christ.
La façade du temple, simple et belle, de couleur ocre est ornée de l’homme oiseau symbole du Zoroastre.
. « D’une main, il tient un anneau symbole de la loyauté et lève son autre main en signe de respect.
Les trois rangées de plumes de ses ailes représentent les fondements du zoroastrisme selon lesquels on doit penser, parler et agir honnêtement. »
En cette fin de Novembre, le climat est agréable à Yazd.
Nous partons ensuite visiter les lugubres tours du silence.
Le site, grandiose, se dresse sur deux collines désolées au-dessus d’un bosquet de conifères et d’eucalyptus dans un ciel d’un bleu pur.
Dans ces énormes tours désaffectées depuis les années 60, les vautours venaient dépecer les morts que l’on n’enterrait pas conformément à la loi zoroastrienne qui exigeait de ne souiller ni la terre, ni l’eau, ni le feu.
Quand le cadavre était décharné, les os étaient jetés dans la cavité centrale ; les parents venaient prier devant le feu perpétuel dans la chapelle de la tour. Le quatrième jour l’âme du défunt était entraînée vers l’enfer ou le paradis alors que le démon allait détruire son enveloppe charnelle.
Le soir venu, nous nous installons sur un parking, devant le Silk Road Hotel, à côté de la mosquée Jameh. Quand se lèvent les étoiles, nous sortons pour photographier la mosquée brillamment illuminée.
Après Taft la route serpente dans un défilé de montagnes ocre sculptées par l’érosion, bientôt poudrées de neige.
Un rocher en forme de vautour aux larges épaules domine le désert.
Peu après, nous sommes surpris par une volée de neige qui gèle sur le pare brise.
A Sumaq nous bifurquons sur l’autoroute qui file dans un désert blanc de neige, sous une neige épaisse qui tombe sans arrêt.
Nous passons un col à 2560 mètres d’altitude sur une route râpée et râpeuse !
A 15 heures, le site de Persépolis apparaît sous le soleil qui perce un lourd nuage.
La cité grandiose de Persépolis, construite en 512 avant Jésus Christ sous le règne de Darius le Grand attirait tous les peuples de l’empire qui venaient rendre hommage au roi à l’occasion des fêtes du nouvel an.
Elle fut détruite par les flammes par Alexandre le Grand en 331 avant Jésus Christ.
On ne voit plus que d’énormes colonnes, des pierres brisées et des portes monumentales où sont ciselés des personnages.
Curieusement, à plusieurs reprises nous retrouvons l’homme oiseau symbole du Zoroastre qui tient un anneau symbole de la loyauté et lève son autre main en signe de respect.
On voit encore de remarquables bas reliefs où reviennent très souvent les mêmes personnages, en particulier le lion perse qui attaque le taureau assyrien.
La visite se termine dans la fraîcheur du soir qui tombe. Le gardien nous invite aimablement à passer la nuit sur le grand parking du site.
L’après midi nous partons en taxi visiter le Bagh-e- Eram, tout simplement, le jardin du paradis !
Le chauffeur nous parle en farsi, un langage aux sons veloutés et chantants que nous ne comprenons pas !
Nous errons au hasard des allées dans un très beau parc botanique où prolifèrent de nombreuses essences végétales.
Par endroits palmiers et cyprès séculaires sont enserrés par de vigoureux lierres.
Sous les grands arbres se cachent des orangers couverts de fruits à peine mûrs.
Malheureusement les tonnelles de jasmin et de roses sont défleuries. Dans la partie réservée aux roses on ne peut pas compter les variétés de rosiers hybrides et de roses anciennes tant elles sont nombreuses !
Un joli pavillon construit au XIX ème siècle se reflète dans un grand bassin d’eau pure.
Ici, commence à agir le charme de Shiraz !
« Shiraz, berceau de la culture persane offre à profusion du vin, des roses, le chant des rossignols et celui des poètes. »
De nos jours le vin est remplacé par les jus de fruit, les roses endormies en cette fin de Novembre s’éveilleront au printemps.
Demain nous partirons à la découverte des poètes et des rossignols.
Nous visitons le mausolée d’Hafez.
Selon un dicton local, tout foyer doit posséder le coran et un livre d’Hafez.
La tombe du poète, érigée dans un charmant jardin planté de cyprès, d’orangers et de fleurs est placée sous un joli pavillon octogonal, dans un petit mausolée de marbre sur lequel est gravé un poème.
Nombreux sont les iraniens qui caressent et embrassent cette stèle du souvenir.
« Les fleurs sont des amies chères, jouis de leur présence.
Car elles quitteront ce jardin aussi vite qu’elles y sont venues. »
Dans la petite librairie attenante j’achète un recueil de poèmes et une statuette.
Après une petite heure consacrée à Internet nous décidons de visiter le mausolée de Shah-e Cheragh, mausolée du roi de la lampe.
Je ne vois de l’extérieur que la façade et une aile en rénovation.
Les hommes peuvent entrer, mais comme je ne suis pas musulmane je n’ai pas le droit au tchador que l’on prête aux iraniennes !
A 15 heures une allée de jeunes lauriers roses et de petits palmiers nous mène près de l’eau merveilleusement bleue du golfe persique à Bandar-e- Bushehr.
Nous stationnons sur un petit parking face au golfe, non loin d’un parc bien entretenu, tout près de la vieille ville.
La promenade sur le front de mer bien aménagé est agréable et vivifiante.
A 16 heures 15, le soleil se couche sur les courtes vagues assombries du golfe.
Nous ne sommes pas très loin de l’embouchure de l’Euphrate qui sépare l’Iran de l’Irak.
18°, 12°. C’est le jour du seigneur musulman.
Les iraniens ont dressé de petites tentes pour pique niquer au bord du golfe ou dans les jardins publics.
La route fleurie de bougainvillées longe une longue esplanade qui s’étire sur le bord de l’eau calme. Après être sortis de la péninsule nous filons dans un désert salé ou les palmiers se dressent entre des touffes d’herbes sèches.
Sous une pluie incessante nous roulons ensuite entre de hautes falaises de roches ocre. Quelques kilomètres avant Asaluyeh nous avons droit à une déviation difficile dans un village peu attrayant où un vent violent soulève des sacs en plastique en guise de cerfs volants.
Nous traversons un immense complexe pétrolier, usines et tuyaux s’étalent sur plusieurs kilomètres, les torchères flambent sous la pluie.
Les chemins de terre des villages ne sont plus que des oueds, les voitures font gicler d’énormes flaques d’eau.
Nous pourrions baptiser cette route : « la highway des ralentisseurs, » tant ils sont nombreux et brutaux !
18°, 12°. Nous sommes intrigués par de nombreuses constructions de terre crue en forme de pains de sucre disséminées dans un semi désert qui n’a pas encore bu l’eau de pluie.
En fait, ce sont des puits couverts !
Entre Bandar-e- Charak et Bandar-e- Lengeh la route très abîmée est surélevée au-dessus d’un désert détrempé. A Bandar-e- Kong les vieilles maisons arborent des tours du vent moins belles que celles de Yazd.
Un peu plus loin, l’île de Qeshm, d’un bleu brumeux sous les nuages se dresse au-dessus de l’eau laiteuse du golfe.
Le soir venu, nous nous installons près du grand marché aux poissons de Bandar Abbas sur un parking face au golfe persique. C’est une femme bandari enveloppée de vêtements colorés, le visage caché sous une burka noire qui nous a servi les crevettes que nous nous préparons à faire griller pour notre repas du soir.
A la sortie de Bandar Abbas nous découvrons une magnifique mosquée toute brillante dans le soleil.
Au pied du pont piétonnier deux femmes bandari assises à même le sol vendent des dattes et des citrons.
Elles sont vêtues de robes imprimées colorées cachées sous un voile noir, leur visage disparaît sous une burka bariolée, on ne voit que leurs yeux et leur bouche.