Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.

Nous retrouvons avec plaisir la maison de Alain et Yolo, sur les hauteurs de Mexico avec le camion qui nous attend dans le jardin. Merci encore à eux pour leur accueil chaleureux et aux garçons, Stephan et Yves pour nous avoir prêté leur chambre.
11 Janvier 2010 : 4° à MexicoDe bon matin, nous accompagnons Yolo et les enfants jusqu’à leur école au centre de Mexico. Circulation démente, embouteillages monstres chaque matin. Nous traversons tout Mexico du Sud au Nord pour aller visiter le fameux site Maya de TEOTIHUACAN. Dominée par les immenses Pyramides del Sol et de la Luna, Teotihuacan fut un temps la plus vaste cité du Mexique et la capitale du plus grand empire précolombien. Fondée 2 siècle av. JC, elle atteint son apogée vers le 5ème s. (200 000 habitants ) : gigantesque centre religieux, dominé par ses fameuses pyramides, Teotihuacan attire un nombre croissant de peuples lointains, qui s’y établissent enrichissant la ville de leurs coutumes et de leur artisanat. Capitale des arts et de la dévotion, la ville aux murs entièrement peints étaient un livre d’images bariolé, décrivant un jardin d’Eden. Il est difficile d’imaginer le prestige atteint par Teotihuacan dans le monde Maya. L’abandon de Teotihuacan vers 750 apr. JC à la suite de l’appauvrissement écologique de la vallée et de tensions internes provoquées par la famine préfigure la chute des grandes villes Mayas un siècle plus tard.
Le site, quasi désert, s’offre à nous dans toute sa majesté. Trois immenses pyramides faites de millions de briques d’argile amassées par une main d’oeuvre abondante et corvéable à merci. Seul le parement extérieur est en pierre. Des serpents-crotales couverts de plumes ondulent le long des étages et leurs têtes aux traits félins émergent tout le long des escaliers. Des squelettes retrouvés prés des pyramides les mains liées et ornés de colliers en forme de dentition humaine laissent supposer des sacrifices humains. Du haut de la pyramide de la lune, nous profitons, quant à nous, de la quiétude du site.
Le Challenge du jour : SORTIR de MEXICO !
Après une bonne préparation psychologique et technique (carte, conseils, repérage) nous nous lançons dans le trafic au milieu de ces entrelacs autoroutiers mal indiqués si ce n’est pas du tout, en essayant de ne pas se faire repérer par la police... pas simple ! Malgré une erreur de direction à un embranchement (non indiqué) nous finissons par nous extraire de cette mégapole vibrillonante (24 millions d’habitants) pour déboucher avec soulagement sur une superbe autoroute (plein Est vers PUEBLA) qui longe à 3200 m le volcan POPOCATEPELT (la «montagne qui fume» 5465 m) chapeauté de nuages.
En cours de route, nous arrivons à la hauteur de CACAXTALA site Maya chaudement recommandé par les guides ; un beau panneau bleu avec une pyramide nous montre la sortie, puis un deuxième, puis plus rien ...et nous voilà plantés dans l’enfer de la circulation de TEXMELUCAN avec des flics à chaque carrefour, des topes partout et plus de panneau bien sûr.
Demi tour ; on laisse tomber pour assurer l’arrivée prés de la jolie ville coloniale de PUEBLA. Jeu de pistes pour arriver au camping «Las Américas» à l’entrée de CHOLULA. On pose le camion, nous rayonnerons sur les environs en bus et en taxi...
Deux ravissantes villes coloniales toutes proches, encadrées de
volcans.
Cholula : ancienne ville Toltèque où l’envahisseur espagnol Cortés
y perpétra un des premiers grands massacres de la conquête espagnole
vers 1530 et qui a gardé son atmosphère populaire à forte
tradition indienne.
Puebla : fondée en 1531 pour rassembler les espagnols aventuriers
et vagabonds et qui deviendra la ville la plus prospère de la nouvelle
Espagne perpétuant la tradition ibérique de l’art de la céramique : de
fait, les azulejos envahissent façades et coupoles.
Il fait bon flâner sous les arcades des Zocalos (places d’armes plantées
de grands arbres), de se perdre dans les ruelles en damiers
à la découverte des belles demeures espagnoles hautes en couleurs
et décorées d’Azulejos. Les églises, couvents ou cathédrale
fleurissent à chaque coin de rue avec à l’intérieur une débauche
de dorures du plus grand baroque, mariant parfois l’académisme
espagnol et le rococo indigène, comme à la petite église indienne
de TONANTZINTLA.
Nous découvrons également les spécialités culinaires de la région
et en particulier le mole poblano : surprenante sauce aux chocolat,
piments, et épices.
Ancien fief des civilisations Zapotèques et Mixtèques puis Aztèques,
les vallées de Oaxaca voient débarquer le conquistador Cortez qui
y fonde la ville en 1529 et prend le titre de Marquis de Oaxaca. La
conquête spirituelle prend alors le relais des armes : couvents et
églises sont bâtis sur les ruines des temples et les indiens convertis
en masse. Là encore les rues foisonnent de belles demeures, de
riches églises.
Près du Zocalo toujours très animé, flottent des odeurs de chocolat
mêlées aux senteurs de moles. Les paniers gonflés de piments de
toutes les couleurs côtoient des sacs débordant de chapulines (sauterelles)
brillantes et dorées, une spécialité culinaire de Oaxaca. Les
étals des marchés croulent sous les pyramides de fruits et légumes.
Charmés par la ville, nous nous installons pour quelques jours sur les hauteurs dans le champ d’Agaves de Douglas, un américain qui y confectionne un MEZCAL relevé par la macération d’un beau scorpion en fond de bouteille. Le Mezcal est fait à partir de la distillation de coeur d’agave (idem téquila).
Nous retrouvons ce qui fait le charme de la campagne mexicaine : le chant des coqs au petit matin, le braiement des ânes, l’aboiement des chiens la nuit, les pétards et bien sûr, la musique omniprésente avec ses mariachis qui résonnent dans toute la vallée... la nuit va être dure !
A la jonction de trois vallées, un plateau venté se dresse à 400 m au dessus d’Oaxaca, soit à près de 2000 m d’altitude. Au sommet, la cité de Monte Alban, remarquable d’austérité, est posée entre ciel et terre. Fondée autour de 500 av. JC. par les Zapotèques, la cité regroupe à son apogée vers 500 de notre ère, près de 30 000 habitants. De riches trésors (bijoux en or, poteries, urnes funéraires) retrouvés dans les tombes sont magnifiquement exposés au couvent Santo Domingo de la ville.
Nous musardons parmi les ruelles, une procession colorée rend hommage à la Vierge. A la terrasse d’un café, sous les arcades du Zocalo, nous écoutons l’orchestre philharmonique qui entame un Aîda de Verdi puis un Orféu version mexicana. Le mercado nous régale de ses saveurs épicées.
Après avoir descendu la cordillère, nous arrivons dans l’Isthme du Mexique, dans sa partie la plus étroite (200 km de large). La Température regrimpe brutalement.
Nous inaugurons notre première nuit dans une PEMEX... entendez
une station essence nationalisée, lieu de sauvegarde pour tout
voyageur : eau, toilettes, sécurité, que nous avions évité depuis
notre entrée au Mexique en dénichant chaque soir des lieux de
campement plus romantiques ! Mais voilà, aux portes du CHIAPAS,
nous rencontrons les premières manifs de ces contrées agitées.
Malgré de nombreuses richesses naturelles (pétrole, gaz, café, bananes)
les habitants du Chiapas rural et en particulier le indiens,
sont parmi les plus pauvres du pays : beaucoup ne disposent ni
d’eau courante, ni d’électricité et le taux d’analphabétisme y est le
plus important du pays. Ce sont ces inégalités qui ont contribué à la
naissance de la révolte ZAPATISTE qu’il nous est impossible maintenant
d’ignorer en traversant cet état.
Après avoir contourné un blocage de route ce matin, nous avons
buté sur celui du pont de ZANATEPEC. Tout doucement au cours
de la journée (depuis 9 H 30 du matin) s’est construit un monstrueux
embouteillage... plus rien ne peut bouger des deux côtés du pont !
Prudemment, nous nous sommes mis très vite à l’écart près de la
police municipale.
On en profite pour potasser la suite du voyage :
Belize, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Costa Rica, Panama.
Pas simple côté passages de frontière, assurances et points de
campement sécurisé, mais d’autres viennent de passer avant nous
et nous consultons leurs mails et sites. Sur le «front», les braseros
se sont allumés pour la nuit.
En remontant sur les hauteurs du Chiapas, nous coupons le rio Grijalva qui sinue au fond d’une gorge profonde encadrée de parois de plus de 1000 m. Impressionnant canyon de SUMIDERO que nous remontons en bateau en croisant les aigrettes, pélicans, vautours, hérons cendrés, les crocodiles qui se dorent sur la rive, les singes araignées pendus dans les arbres. Nichée dans la pinède, la petite ville coloniale de San Cristobal, avec ses façades très colorées, est restée profondément ancrée dans le monde indien traditionnel. Les communautés tzotziles environnantes viennent déployer leurs tissages sur le parvis de Santo Domingo, vendre leurs récoltes au marché, ou participer à un rassemblement Zapatiste.
Nous prenons nos quartiers sous les arbres du joli campement de San Nicolas où nous retrouvons un nid de Québecquois.
Soirée théâtre : «PALENQUE ROJO» mettant en scène les luttes guerrières entre les deux cités Mayas de Tonina et Palenque et la chute du Roi Pakal. Les acteurs sont époustouflants avec leurs costumes et coiffes aux plumages chamarrés. Je suis très impressionnée par l’allure féline de ces hommes petits, trapus, au profil «Maya de chez Maya» (comme sur les bas reliefs) avec surtout une chevelure longue jusqu’au bas du dos, somptueuse !
Nous traversons la région montagneuse du Xiapas pour rejoindre le site Maya de Palenque... 200 km de routes sinueuses parsemées de topes ! Nous payons prudemment notre écot zapatiste aux nombreux petits barrages improvisés sur le bord de la route. La végétation est maintenant luxuriante : palmiers, cocotiers, bambous, arbres du voyageur, caféiers, avocatiers, bananiers, manguiers, orangers, tacotiers. Les cascades rugissantes d’AGUA AZUL déversent leurs eaux écumantes dans des vasques d’un bleu turquoise... spectaculaire !
Nous campons juste à côté du site dans les jardins du Maya Bell trailer park (piscine, bon petit restaurant et «musicos» le soir). A la tombée du jour la forêt se réveille de mille chants d’oiseaux et grillons, les singes hurleurs soufflent dans les grands arbres.
Adossée à la sierra du CHIAPAS et tournée vers la plaine côtière
du Tabasco, l’ancienne cité Maya de PALENQUE dresse
ses pyramides au milieu d’une jungle luxuriante.
Le site a été peuplé 100 ans av. J C et a prospéré vers 650 sous le règne
de PAKAL (cf la pièce de théâtre vue à San Cristobal) représenté
sur les glyphes des bas reliefs. Sur plus de 15 km2 s’étendent des centaines
d’édifices en ruine dont seuls quelques-uns ont été mis à jour.
Tranchant avec la monotonie du paysage du reste du Yucatan, les
collines PUUC offrent des terres fertiles qui ont permis à la civilisation
Maya de s’y développer. Au centre, trône la fabuleuse cité de
UXMAL dont la silhouette de pierre apparaît à l’horizon, jaillissant de
l’inextricable gangue de jungle.
Autour de cette capitale, prospérèrent plusieurs autres cités : Kabah,
Sayil... Labna, à l’architecture originale, caractérisée par de longues
façades ornées de mosaïques et de masques dédiés le plus
souvent au Dieu de la pluie CHAAC, le style PUUC !
Après une journée à monter, descendre pyramides et temples, nous bivouaquons sur le site d’UXMAL pour profiter d’un merveilleux son et lumière qui fait revivre les ruines la nuit et nous transporte quelques siècles en arrière. D’énormes Iguanes «lézardent» au soleil sur les pierres toutes chaudes.
Nous continuons notre route de vieilles pierres en vieilles pierres et montons, descendons toutes les pyramides mayas, aztèques, mixtèques, zapotèques, toltèques ... j’exagère ! Ici nous sommes dans le monde essentiellement MAYA.
Le soir au camping du Stardust Inn (un peu déglingué), nous rencontrons
Jacky, Nathalie et leurs deux enfants (voir site ci-contre), partis depuis 1 an déjà et qui arrivent d’Amérique du
sud en passant par l’Amérique centrale... échanges d’infos, de livres,
de bons plans. Nous allons ensemble voir le très beau son et
lumière du site de CHICHEN ITZA.
A côté de la pyramide centrale, un des plus grands jeux de pelote du monde où s’affrontaient deux équipes de sept joueurs ; le but du jeu était de faire passer une balle de 4 kg dans l’anneau en pierre sur le mur de l’adversaire : l’équipe gagnante (ou perdante, on ne sait...) était sacrifiée aux dieux !
Nous arrivons sur les côtes de la mer des Caraïbes. Eaux turquoises,
plages de sable blanc protégées par une immense barrière de
corail. Le paradis des petits poissons multicolores, de la plongée et
du snorkling, mais pour l’instant le vent lève les vagues.
La côte de CANCUN à TULUM est colonisée par les américains et
leurs gros complexes hôteliers, on zappe ! Heureusement il reste
pour la nuit, un petit coin de paradis sur la plage (3km à l’intérieur de
la réserve Sian Ka’An) à côté de TULUM. Tôt le matin (avant que les
cars d’américains ne débarquent) nous découvrons en paix le petit
site admirable de TULUM perché au dessus des eaux turquoises
des Caraïbes.
29-30-31 Janvier : 31°Juste avant la frontière du BELIZE. Nous nous posons devant la mer, sur l’herbe grasse du très beau resort XAN’Ha au nord de CHETUMAL. Paillote, piscine, wifi, bon resto (miam, les crevettes au coco !) Trois jours de farniente, baignades, lectures et grand nettoyage avant de passer la frontière.
Jean Manuel Gimeno et Michèle Duriez