Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.

Nous avions rendez vous le 20 novembre avec une famille française roulant vers l’Inde, l’idée était de passer la frontière ensemble. Finalement nous serons 4 véhicules, trois français et une famille venant d’Islande !
Taftan, l’unique poste de frontière d’entrée au Pakistan, le passage
prendra une journée : 20 minutes pour récupérer nos passeports sur
le lieu de stationnement à Zahedane.
Le Tourist Inn abuse des gens, nous avons dû négocier durant une
heure la veille pour accéder aux douches alors que nous étions
taxés au maximum sans aucun service autre que le stationnement !
Quarante cinq minutes pour faire le plein puis deux heures pour
faire 100 km en convoi.
Trois heures de formalités du côté iranien pour quitter le pays... mais 1 heure pour entrer au Pakistan, ce fut la frontière la plus rapide de tous ces derniers mois !
Convoi également du côté pakistanais pour les 2 jours suivants jusqu’à Quetta, on longe la zone sensible du Balouchistan.
La police et les militaires sont d’une extrême courtoisie. Parfois nous les lâchons et filons à notre rythme, ou bien nous faisons la pause technique nécessaire malgré leurs exhortations «danger, danger»...
Quetta, couvre feu à 18h pour les étrangers, mais pas de problème, nous retrouvons le chemin des petites boutiques pour acheter du pain, du yogourt en vrac, des légumes. Les gens sont très accueillants. Sensation étrange de ne pas pouvoir aller à notre guise avec cette contrainte du convoi qui s’arrêtera à Sukkur.
Nous sommes dans un nouveau pays et nous avons besoin à chaque fois de quelques jours pour sentir «comment cela marche ici», quelles relations avec les gens, comment conduisent-ils et se conduisent-ils ? où trouve t’on la nourriture ? les femmes portent-elles un fichu sur la tête ou pas ? peut on s’arrêter n’importe où ? etc...
Les premiers contacts au Pakistan nous vont droit au coeur et vont nous donner envie de rester plus longtemps. On se sent bien dans ce pays. Des camions originaux, un lit de mort traverse la route, la partie de cricket à toutes heures... Peaux à vendre au lendemain de la fête de la viande où ont été tués, moutons, chèvres, vaches, boeufs, dromadaires... et des camionnettes bondées de passagers !
On roule enfin seuls sans escorte à Sukkur, au bord de l’Indus. Nous
avons envie d’aller voir tel ou tel site, de camper dans un parc naturel,
superbe au bord d’une réserve d’eau. Le lac Suhaura près de Bahawalpur.
On se laisse inviter par un policier ayant passé un mois de stage à
Lyon l’an dernier ! Echanges de souvenirs sur la France, Lyon, Paris.
Notre itinéraire remonte vers le Punjab. Whaga, à 30 km de Lahore, c’est juste l’heure de la parade quotidienne des deux côtés de cet unique poste frontière avec l’Inde. Surprenant de voir le ballet militaire cadencé des deux côtés de la ligne blanche séparant ces deux pays qui se haïssent tant. Musique militaire, vociférations, relayées par les hurlements de la foule installée sur les gradins de part et d’autre de la grille, cérémonie du drapeau simultanée avec au final une fugitive poignée de main entre les deux officiers commandant la parade puis la grille est refermée, il est 16h !
Nous dormirons fort tranquillement dans la zone frontière avant de rouler vers Islamabad espérant obtenir un visa indien d’une année, le nôtre expirant à la mi-février 2010. Mais non, ici au Pakistan, les visas accordés ne sont que de 3 mois... cela nous aura permis d’entrer dans l’enclave diplomatique et de mesurer le degré de sécurité pratiqué dans ce coin hors monde !
Contrôles de papiers, inspection du dessous du véhicule, chicanes, sacs de sables, militaires en position de tir, fouille personnelle... tout cela autour de villas de rêve, de jardins profonds que l’on devine derrière les barbelés. Je ne sais pas s’il faut vraiment en rêver !
Bientôt la fête de la viande, tout est à vendre !
Taxila tout près de la capitale, immense espace archéologique Unesco, des temples bouddhistes avec leurs stupas élancés, un musée passionnant.
Rawalpindi et Islamabad les deux villes jumelles, l’ancien et le moderne juste au pied d’une belle colline, la Margala Hill.
Avons exploré la ville moderne quadrillée comme un échiquier de bataille navale : comment aller du F6 au G5 ? Grandes artères, rues latérales ombragées, chaque secteur a son marché, lieu de vie autour d’un parking ou de fontaines. Chicanes, guérites en sacs de sable, contrôles policiers, plus on se rapproche de l’enclave diplomatique, plus nombreux ils sont.
Nous ferons étape au Tourist camp, un espace de camping unique
dans le pays juste à côté du «rose and jasmine garden», site
Unesco.
Une belle rencontre, Simon et Nathalie ont dû abandonner leurs ânes et vont rentrer en Suisse avec une authentique coccinelle VW.
Les hauts parleurs rivalisent dans leurs appels à la prière, ceux de 5 H 30 sont particulièrement redoutables ! Shah Faisal, une immense mosquée pouvant accueillir 100 000 fidèles, bâtie au pied de la colline, investie comme lieu de promenade familiale le dimanche.
Nous apprendrons de Ghulam, consultant pakistanais, les projets d’aménagement de la colline ainsi que les difficultés des structures d’accueil : les étrangers touristes ou alpinistes ne viennent guère plus au Pakistan.
Si le monde savait combien les pakistanais sont accueillants, cet
a priori serait levé, car la peur se nourrit elle-même de rumeurs. A
quand remonte les «enlèvements»... ? Combien y en a t-il au Mexique, en Argentine... ? Combien d’étrangers meurent au Kenya chaque
année ?... à suivre !
Lahore, une ville mystique. L’écrivain Rudyar Kipling y a passé son enfance, son père était conservateur au superbe musée national. Le fort domine la ville depuis cinq siècles, mais il se dégrade... fortement ! Juste à côté, l’immense mosquée Badsahi une des plus grandes au monde.
Les ruelles de la vieille ville se croisent et s’entrecroisent dans un
dédale sombre, tissé de fils électriques, de canalisations d’eau, de
caniveaux et d’étroits couloirs où passent quand même les motos.
Des enfants jouent, on boit du tchai, on livre des marchandises, on
se marie, la vie est intense jusque tard le soir. Des demeures calmes
donnant une idée du confort ancien depuis quelques générations, ici
le Faqir Khana, musée familial, 13 000 pièces de collections ! Difficile
de quitter Lahore...
Karimabad, étape au nord de Gilgitt, loin du Swat, en plein pays Hunza !
Le bonheur des villages tranquilles, des marées d’enfants allant vers les écoles, des femmes rencontrées dans un atelier de menuiserie, des hommes affables expliquant les raccourcis pour rejoindre Altit depuis Baltit.
Nous rencontrons des musulmans Ismaëliens, l’Agha Khan est leur chef spirituel. Les efforts vont vers l’éducation, la santé, l’agriculture, la plantation d’arbres le long des routes.
On sent le respect de la personne, les femmes ne sont pas réduites
à la vie domestique. Osez aller les rencontrer dans le nord du
Pakistan. Profitez de quelques trekkings vers le Fairy Meadow par
exemple.
L’assurance d’un accueil amical, confiant et professionnel avec le
guide Ghulam Raikoti, (Cliquez sur l'image pour découvrir son site.) au pied
du Nangaparbat.
1200 km, la Karakarom highway est une route mythique qui longe le
fleuve Indus et remonte vers la Chine donnant accès à Kashgar, le
fameux marché de la route de la soie. Le long du Swat des villages
d’hommes.
Où sont les femmes ?
Vingt ans de travaux... qui continuent car les éboulements, le gel-dégel,
le trafic des camions nécessitent des soins attentifs.
Les chinois sont au rendez-vous : ils conduisent les pelleteuses,
relèvent les cotes, manient les explosifs. Les pakistanais font le
ciment, taillent les pierres à la main, montent les murs en équilibre
sur des échelles de bambou, charrient des tonnes de gravats
à la cuvette, résultat impressionnant avec si peu d’équipements.
Paysages saisissants, on aperçoit les sommets enneigés, le Pakistan abrite six des huit plus hauts sommets de la planète. Le fleuve Indus est en contrebas, de frêles passerelles l’enjambent de ci de là.
Ailleurs ce sont des nacelles à quatre personnes qui vont permettre de rejoindre le village opposé !
Nous roulons sur la KKH, la Karakorum highway, une voiture nous
dépasse et s’arrête. Toc toc à la portière, «vous venez de Rhône
Alpes» ? le plaisir d’un rapide échange, la jeune femme qui nous
aborde travaille sur un projet de barrage, «si vous passez par Lahore,
vous pouvez m’appeler ! « La semaine suivante nous la retrouverons,
le temps pour elle de s’évader de la vie d’expatrié : 8 heures
du matin la voiture vient chercher les ingénieurs, journée de travail
jusqu’au soir, retour dans cette grande villa, Raju a préparé le repas,
mini soirée, dodo et on recommence.
C’est la vie de Caroline-ingénieur, mais nous découvrons peu à peu Caroline-exploratrice qui s’engage à pied, deux ans en solo du lac Baikal jusqu’au Mekong, traverse le désert de Gobi... Elle construit des barrages mais elle fait aussi tomber des barrières par son ouverture, sa délicatesse, son immense respect de la personne. Parler la langue du coin, ici l’urdu, aller vers l’autre sans a priori, chercher à mieux connaître et comprendre, se rendre disponible, goûter les moments d’échange... nous nous sentons si bien avec elle !
Elle rentre tout droit dans notre coeur, présence lumineuse, si forte et si simple en même temps. On apercevra, sur la table, un de ses récits de voyage.
Pour en savoir plus : cliquez sur le lien ci-contre et plongez dans
ses deux récits préfacés par Bernard Ollivier, le marcheur de la route
de la soie. Ils sont publiés aux éditions Phébus : Caroline RIEGEL - tome 1 «Soifs d’Orient», tome 2 «Méandres d’Asie».
Dès qu’on passera en France nous irons les chercher !
Délicatesse, spontanéité avec beaucoup d’humour : ici dans le fort de Lahore, elle rend au vendeur le plateau qu’il tendait après avoir fait un petit tour à sa place un dimanche après midi !
Bon vent Caroline pour le prochain grand départ qui mûrit passionnément, patience, patience...