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Bulletin Juin 2009. 

Geneviève et Michel Casenave sont toujours en Australie.

Mai 2009 10e pays visité 88 000 km parcourus.

EXMOUTH - DARWIN

L’Australie se mérite. Les sites intéressants sont distants de plusieurs centaines de kilomètres, les paysages sont souvent monotones pour y arriver, désertiques, plats, la chaleur ne vous quitte pas et au moindre arrêt, les mouches vous assaillent.

C’est dans ces conditions que nous avons atteint la route en terre nous amenant aux gorges Harmesley du Park Karijini, au nord d’Exmouth. Une belle route rouge typiquement australienne. Caraventure attaque prudemment la tôle ondulée à 20 km/h. Les couleurs sont tranchées, le rouge sombre de la terre, le bleu soutenu du ciel, le vert cru des buissons. L’Australie est vraiment photogénique. Nous apprécions, mais les 50 km de piste nous semblent longs. Soudain, Geneviève croit apercevoir des étincelles au niveau du poste de radio. Illusion d’optique ? Hallucination ? Elle ne le quitte plus des yeux. Hélas, cela se confirme. Nous arrivons enfin au petit parking des gorges, par un tronçon compliqué avec lacets et ornières… C’est la fin de la journée. Il nous reste une heure pour résoudre le problème avant la tombée de la nuit.

Nous essayons de retirer la radio, c’est alors qu’une épaisse fumée toxique sort du tableau de bord. L’extincteur à la main, nous croyons la fin du voyage arrivée, dans ce trou, à 100 km de la première agglomération. L’impressionnante fumée s’arrête cependant d’ellemême, laissant une odeur désagréable. Nous découvrons un horrible chignon de fils électriques derrière le poste. La gaine plastique de l’un d’eux a brûlé. Nous enlevons ce fil qui déconnecte la radio. De toute façon, nous ne l’écoutons jamais à cause du bruit du moteur ! La nuit nous entoure. Cela suffit pour aujourd’hui. Mais non ! La vitre de la porte passager refuse de remonter. Trop de poussière. Finalement, centimètre par centimètre, elle accepte de reprendre sa place. Ensuite il faut nettoyer la pellicule rouge qui recouvre tout à l’intérieur du véhicule. Au moins, elle a l’avantage d’être visible. Nous passerons la nuit sur ce parking marqué « NO CAMPING », tout en ayant préparé, de crainte de la reprise de l’incendie, les affaires de première nécessité en cas d’évacuation d’urgence… Ce ne sera pas utile, heureusement.

Le lendemain, nous visitons les gorges. Elles sont belles en effet, avec des strates rouges toutes plissées. Nous apercevons une tortue d’eau douce dans une retenue de la rivière. Mais, nous ne nous éternisons pas. Le coeur n’y est pas. Nous décidons de rebrousser chemin pour rejoindre la dernière ville traversée, Tom Price, la main sur l’extincteur. Nous nous installons, couverts de poussière mais sans avoir pris feu, dans l’unique camping de l’endroit. Nous passerons deux jours à vérifier encore ces fils qui s’étaient remis à sentir, à faire des lessives et à nettoyer Caraventure. La vie reprend son cours normal et nous profitons des kangourous qui viennent manger devant notre porte. Le soleil se couche maintenant à 5 h du soir et la vie semble s’arrêter. Par contre tout s’anime à nouveau avec son lever dès 6 h du matin.

Après cette pause bénéfique, nous traversons de nouveau le Park Karijini en évitant cette fois les routes en terre. Nous nous promenons dans d’autres belles gorges et y passerons une nuit exotique avec des dingos qui hurlent à la mort. Ce sont des chiens sauvages dont les cris ressemblent à ceux des coyotes. Ambiance garantie.

En arrivant à Port Hedland, ville industrielle sans intérêt particulier, nous avons trois problèmes à résoudre. Pour Caraventure la batterie moteur est à changer. Elle ne tient plus la charge la nuit et descend maintenant en dessous de 12 ce qui est inhabituel et nous ne voulons pas prendre de risque. Nous trouvons une batterie « européenne » sans difficulté. La vidange, sans doute la dernière du voyage, se révèle plus difficile. Le mécanicien n’a jamais vu un moteur de ce type et aura un mal fou à faire redémarrer Caraventure. Michel s’en mêle. Décidément, rien n’est jamais simple dans les garages. Nous nous félicitons à chaque fois d’avoir apporté nos filtres de rechange depuis la France. Le mécanicien en profite pour déconnecter notre chignon de fils, ce qui élimine définitivement ce souci.

Reste à trouver un dentiste pour Geneviève. Pas si simple que cela en a l’air. En effet, à Carnavon, ville de 6000 habitants, nous avions appris que le dentiste ne venait que deux fois par mois… « Si vous avez un abcès, l’hôpital vous donnera un médicament… ». Et bien, le nord est pittoresque mais rude. Ici, à Port Hedland, ville de 15 000 habitants, le cabinet dentaire existe mais il n’y en a qu’un. Il n’est pas question de chipoter ni de vérifier si la roulette est électrique ou à pédale. Nous arrivons un samedi et le cabinet n’ouvre que le lundi suivant. Il faut attendre. Nous nous installons donc dans un camping genre bidonville, derrière une station service, en face de l’aéroport et au bord de la nationale. La majorité des caravanes est occupée de façon permanente par des travailleurs. Les emplois sont liés à la mine de fer tant pour l’extraction que pour l’exportation. Un train de 7,3 km de long (un record selon les Australiens) apporte le précieux minerai en ville et des tankers de 300 m de long défilent dans le port pour l’emporter principalement vers la Chine, le Japon et la Corée.

Le dentiste est très moderne. Ouf ! Radio, anesthésie, plombage blanc et voilà Geneviève qui repart avec une dent toute neuve. Devant le cabinet, nous discutons avec un Yougoslave à la retraite. Il nous raconte sa vie et nous sommes impressionnés par ce destin dont il ne tire aucune gloire : réfugié politique après la guerre il arrive en Belgique où il travaille dans les mines. Puis il passe un an et demi comme garçon de café à Nice. Ensuite il prendra un bateau depuis l’Italie pour l’Australie et arrive à Port Hedland, toujours comme réfugié politique. Ce statut l’oblige à rester deux ans et il travaillera dans les mines. Il ne se plaît pas ici car, à l’époque, les immigrés sont victimes de racisme. Mais, passés les deux ans, il ne repartira plus. Il n’est jamais retourné en Europe dont il suit fidèlement et avec une évidente nostalgie toutes les actualités grâce aux chaînes de télévision. Il nous raconte tout cela simplement, avec un beau sourire édenté - les soins dentaires sont très onéreux ici, nous pouvons en témoigner.

Et maintenant, direction Broome et le Kimberley (où le film « Australia » a été tourné) et nous espérons pouvoir profiter en toute sérénité de l’Australie profonde, sans nouvelle mauvaise surprise. Nous aspirons tout simplement à … visiter le pays !

Notre aspiration va être comblée. Broome est connue aujourd’hui pour la culture des huîtres perlières et pour une belle plage de sable blanc. Nous y prenons notre dernier bain de mer du voyage, car ensuite, il faudra renoncer à ce plaisir en raison des crocodiles et des méduses potentiellement mortelles. Et puis nous longerons le Kimberley, un magnifique paysage de « montagnes » rouges, jusqu’au parc de Purnululu. Comme ces régions ne sont accessibles qu’en 4 x 4, nous choisissons de prendre un petit avion pour pourvoir admirer les Bungle Bungle.

Ce massif, érodé par les eaux et les vents, composé de tours rocheuses en grès striées et de gorges profondes, n’a été découvert qu’en 1980 et rapidement classé au Patrimoine mondial de l’Unesco. L’endroit est sacré pour les aborigènes et son accès reste contrôlé. Vu du ciel, les paysages sont splendides et nous sommes vraiment enchantés de notre escapade d’une heure.

Nous reprenons la Highway 1. La région est désertique et la route reste notre seul lien avec la civilisation. Pas d’habitation, pas de village, pas de ferme visible, mais un danger nous guette cependant. Ce ne sont plus des wallabies que l’on rencontre écrasés en bord de route, mais des cadavres de… vaches. L’élevage des bovins est la richesse du Kimberley et les bêtes, du même rouge que la terre, profitent d’une totale liberté. Les véhicules australiens, pourtant protégés d’énormes pare buffles, résistent mal au choc avec ces animaux. Nous avons vu plusieurs 4 x 4 dans le fossé, « allongés » à côté des bêtes qu’ils avaient estourbis. … Caraventure fait très attention, d’autant qu’il n’a pas de pare buffle… mais au loin, les vaches sont difficiles à distinguer des termitières ! Par contre, un jour, c’est un troupeau entier qui nous a barré la route. Immobilisées par le seul fouet d’un hommes à cheval à l’allure fière et sportive, les bêtes, blanches cette fois, nous faisaient face avec arrogance…Un vrai mur !

Caraventure s’est mis sagement sur le côté et au signal de l’homme, elles se sont mises en marche en meuglant à tout va et en faisant, à notre grand soulagement, un écart pour nous éviter. Nous devons donc faire attention à ces dangers locaux et ils sont nombreux. Dieu n’était sans doute pas australien ! En plus des serpents, crocos et autres sales bêtes marines, il faut compter aussi avec les araignées également mortelles, les araignées à toile entonnoir et celles à dos rouge. Heureusement, les cas de décès sont exceptionnels.

C’est devenu plus difficile de rester sur nos gardes lorsque nous sommes arrivés dans la région des baobabs. Parce qu’ils ont aussi des baobabs ici ! Ces arbres aux gros troncs et aux branches qui ressemblent à des racines nous ont plu tout de suite et nous avons multiplié les arrêts pour prendre des photos. Ils ont souvent des formes comiques et ressemblent soit à des grosses pommes soit à des carottes géantes. L’un d’eux, âgé de 1000 ans, complètement creux, est connu sous le nom de « Boab Prison Tree » car les pionniers ont transformé cet arbre sacré pour les aborigènes, en prison dans les années 1880.

La Highway 1, que nous suivons depuis notre arrivée en Australie, nous a ainsi amenés dans le Territoire du Nord, le dernier état qui nous reste à visiter. Une fois encore il a fallu nous débarrasser de nos fruits et légumes pour ne pas risquer les amendes des services de la Quarantaine. La première agglomération s’appelle Katherine et nous aurons plaisir à assister à un spectacle en plein air de musique « country », le spectacle se déroulant, pour nous, autant parmi les spectateurs que sur scène. Beaucoup de chapeaux de feutre clair genre cow boy, chemises à carreaux, boots. Chacun apporte sa chaise et se désaltère en écoutant les artistes. Les femmes ne sont pas les dernières à consommer de l’alcool, mais tout cela dans une ambiance très famille malgré tout.

La perle du Territoire du Nord, dans le « Top End » c’est le parc national de Kakadu. Classé au patrimoine de l’Unesco pour son étonnante biodiversité, cette région est soumise à deux saisons : l’une sèche (le dry), c’est en ce moment, et l’autre humide (le wet). Rivières, chutes d’eau, marécages, forêts, sont appréciés par les oiseaux, les poissons et les mammifères. Les touristes viennent du monde entier pour les observer dans cet environnement sauvage préservé : les vedettes sont les crocodiles d’eau salée, mais on peut admirer une multitude d’ibis, d’aigrettes, de cormorans, d’aigles, et aussi la cigogne noire appelée jabiru, le jacana qui marche sur les feuilles de nénuphars. Par ailleurs, le pays, habité depuis des millénaires par les aborigènes a conservé des peintures rupestres datant parfois de 50 000 ans.

Nous avons terminé notre visite de la région par le Lichtfield National Park. L’endroit est plus paisible : chutes d’eau qui dégringolent des falaises pour se déverser dans des bassins entourés de plantes tropicales, termitières « magnétiques » (plates, une face à l’est et une face à l’ouest pour mieux capter la chaleur) ou termitières « cathédrales » de 5m de haut et énormes chauves-souris suspendues dans les arbres. Pour compléter le tableau, ajoutez à cela un feu de broussaille comme le font les aborigènes depuis toujours, mais contrôlé ici par les pompiers et vous aurez l’impression d’y être en fermant les yeux, surtout quand vous saurez que nous avons goûté pour vous du crocodile (miam !)

Pardon d’avoir été aussi longs. La chaleur moite n’est pas venue à bout de l’ordinateur, ni de Caraventure, ni même de nous. Nous sommes arrivés à Darwin mais ceci est une autre histoire… Notre escapade pour Bali est prévue dans quinze jours et nous vous en ferons profiter la prochaine fois.

Michel et Geneviève CASENAVE,


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