Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.
Quand on écoute les médias, on a l’impression que l’on risque de se faire égorger en Bosnie et Albanie. Pendant 41 ans l’Albanie avait été fermée au reste du monde occidental par un dictateur : Enver Hoxha. Comme nous sommes toujours intéressés par ce qui a été défendu, nous sommes partis en été 2006 pour découvrir ces deux pays.
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Départ de Nice vers l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie, la Croatie, le Monténégro et l’Albanie. En Bosnie passage rapide de la frontière.
Nous sommes des collectionneurs d’art naïf et direction Banja Luka la grande ville du nord, pour rencontrer un artiste autodidacte. Comme il n’y a pas de terrain de camping, nous nous garons dans une rue de la zone résidentielle, et passons une nuit paisible. A Sarajevo nous garons notre camping-car «L’Escargot Rapide» sur le parking d’un grand hôtel et visitons le vieux quartier remontant à la période ottomane.
C’est un dédale de ruelles étroites, maisons d’architecture Turque aux toits de tuiles romaines, petites boutiques de souvenirs, cafés où l’on peut déguster de délicieux byrek (pâte feuilletée garnie de viande ou fromage). Ce quartier est grouillant d’activité, car ce vieux bazar est devenu le centre du tourisme de la capitale. Aucun sentiment de crainte, pas de voleurs ou pickpockets, on se sentait à l’aise.
Le fameux pont de Mostar, au centre de la sanglante dispute entre Serbes- Croates et Bosniaques de 1992 à 1994 est notre prochaine destination. Routes en excellent état. Le pont avait été construit en 1556 et détruit pendant cette guerre en 1993, aujourd’hui reconstruit à l’identique (Unesco). Les touristes affluent de partout en Europe. Bivouac sur le parking d’une église et couvent catholiques, la sécurité est absolue. La Croatie, passage obligé vers le Monténégro, nouvellement devenu pays indépendant en 2006. Arrêt à Dubrovnik. On sent que la Croatie est très bien organisée pour recevoir les camping-caristes avec des terrains très bien aménagés, quoique assez chers.
L’entrée au Monténégro se fait rapidement, passeport et carte verte. Là on sent que le niveau de vie est plus bas, et les routes sont d’un niveau légèrement moins bon, mais ça roule bien.
Nous faisons le tour de la fameuse baie de Kotor et trouvons un terrain de camping parmi les oliviers et pins maritimes sur le bord de mer à Stevi Stefan. Si les services du terrain étaient très rudimentaires, par contre le petit restaurant sur le bord de sa plage privée offrait de délicieux plats de poisson, calamars et poulpes grillés au feu de bois, épicés à l’ail, arrosé d’un petit vin blanc de qualité, pour moins de 20 Euros pour deux, vue sur la mer comprise !
Tout au sud, à la frontière de l’Albanie sur le bord de mer, nous campons sur une plage naturiste, où les «tissus» sont admis sans problème. Les services du camping sont ici aussi très rudimentaires, mais eau chaude et électricité disponibles. Peu de camping cars, quelques Allemands et Autrichiens.
Et c’est l’entrée en Albanie, la grande inconnue, avec une petite appréhension, due aux médias. Passage rapide de la frontière, passeport, carte grise et verte, paiement d’une taxe de 10 Euros par personne et quelques minutes plus tard nous sommes en route vers le sud. Il est vrai que 41 ans de dictature n’ont par permis un développement du pays, et la route entre la frontière et la ville de Shkodra en fait les frais avec pas mal de nids de poule. Mais ça roule bien à vitesse réduite. La plupart des voitures sont de vieilles Mercedes et la conduite est assez erratique, mais on s’y fait rapidement. Il faut seulement conduire doucement et être vigilant.
Pas de terrains de campings en Albanie, et on bivouaque sur le grand parking ombragé d’un hôtel en bord de mer. Accueil chaleureux et on dîne dans leur restaurant. Aucun sentiment d’insécurité. Les gens nous voient passer sans intérêt particulier.
Nous visitons la petite ville musée de Kruja, agrippée au flanc d’une impressionnante falaise à 600 m d’altitude. C’est un vestige de l’époque ottomane. Le vieux quartier est une succession de ruelles étroites et petites boutiques de souvenirs, antiquités et petits cafés. C’est d’ici que le héro national Skanderbeg a commencé sa lutte contre l’envahisseur turque. Les Ottomans sont restés du XV au XIX siècle et forcé la population chrétienne à devenir musulmane. Il faut visiter le musée historique pour mieux comprendre l’Albanie et le musée Ethnographique situé dans un très beau et vieux palais turc de 1794, le meilleur de toute l’Albanie, à ne pas manquer.
Tirana la capitale est notre prochaine étape. Nous y dormons dans le parking d’un grand hôtel en centre ville. Le nouveau président a commencé un programme de rénovation de la ville, qui en 3 ans a changé l’aspect de la capitale. Les bâtiments ont été repeints avec des couleurs chatoyantes de mille tons, avec quartiers chics et branchés.
On voit une explosion de nouveaux bâtiments partout. Le roi Zog ler de 1925 à 1939 avait engagé un architecte-urbaniste italien pour créer de grands boulevards, avenues et places. La ville commence à prendre un air de neuf, et la circulation est intense. Toujours aucun sentiment d’insécurité dans les rues.
A Tirana, il faut visiter la belle mosquée de Et’hem Bey construite en 1794, les musées historique, d’art et archéologique. Berati (surnommée la ville aux mille fenêtres) petite ville musée située dans le centre sud du pays est un joyau de l’époque ottomane qui mériterait le label de l’Unesco, patrimoine mondial de l’humanité. Nichée des deux côtés du fleuve Ossum, sur les collines, les maisons sont en parfait état. Deux jours à déambuler dans les petites ruelles en pente. D’un coté le quartier musulman et de l’autre le chrétien. Mais ici pendant 41 ans le pays était devenu athée pendant la période communiste, et la religion semble ne pas être au centre de conflits, et les lieux religieux peu fréquentés.
Sur le haut de la montagne se trouve une grande forteresse dominant la vieille ville, dans le centre de laquelle un grand village abrite de belles maisons blanches d’architecture ottomane peintes à la chaux, musée, mosquées et églises orthodoxes. Nous bivouaquons à l’extérieur de la forteresse, et à coté d’une petite épicerie qui nous permet de nous brancher sur l’électricité. Le détendeur du propane étant cassé, nous avons été obligé pour faire fonctionner le réfrigérateur la nuit d’avoir une source électrique.
L’Albanie est un pays (taille de la Belgique) de montagnes et les routes dans certaines régions sont assez mauvaises, et parfois notre moyenne descendait à 20km/h. De grands tronçons sont en réfection et bientôt tout sera mis en ordre. Pas de problème de ravitaillement en diesel car il y a de très nombreuses stations, et le prix en 2006 est de 1 Euro le litre.
Nous atteignons Gjirokaster la deuxième ville musée, qui est maintenant inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. C’est une réplique dans le grand sud de Bérati que nous atteignons après une longue route sinueuse à travers les magnifiques montagnes de Gramoz et les puits pétroliers. Les maisons sont toutes différentes et les toits sont couverts de grandes et lourdes pierres.
La ville basse et le bazar de Qafa e Pazarit, sont dominés par une forteresse datant du 13ème siècle encore en parfait état, conquise au 15ème siècle par les Ottomans.
Enver Hoxha et Ismail Kadaré, l’écrivain de réputation mondiale qui a passé de nombreuses années en France, (Printemps Albanais et Anatomie d’une tyrannie, etc.) sont nés ici.
Ali Pacha le gouverneur turc vient aussi de la région (Tepelena).
A travers une autre haute montagne parallèle à la côte et par une excellente et nouvelle route, nous arrivons à Sarande, la grande ville balnéaire du sud, et port. C’est le Saint Trop local, les Albanais y viennent passer l’été. Nous nous échappons vite après un petit déjeuner pris dans un café dominant la plage. Sur la côte, nous découvrons des milliers de petits bunkers ronds, qu’Enver Hoxha avait construit pour empêcher une hypothétique invasion étrangère.
Nous découvrons par hasard une petite plage privée à Ksamil sur la mer ioniènne, et nous bivouaquons pendant deux jours sur son parking, pour nous reposer et nous baigner dans une mer cristalline. Nous faisons de belles balades le long de la côte escarpée et sauvage, à travers oliviers et pins maritimes et au son des cigales. On dirait la côte varoise des années 50, magnifique. Déjeunons de poissons, poulpes et calamars arrosés d’un délicieux vin blanc local, le tout à prix doux.
Pour les amateurs de vieilles pierres il faut voir Butrint (Unesco) à la frontière de la Grèce, pour admirer les vestiges de l’ancienne cité datant du 4ème siècle avant J.C. On y trouve les vestiges du passage des bâtisseurs, et conquérants grecs, romains, chrétiens byzantins, avec théâtre, acropole, arènes, bains romains, basilique et baptistère byzantins, entourés d’une grande et haute muraille pour se protéger des pirates et autres envahisseurs. Un des musts de l’Albanie.
Puis nous remontons vers le nord en longeant la côte, où des plages à perte de vue, souvent désertes, nous offrent leurs baies pour bivouaquer en toute tranquillité.
Par contre les routes sont souvent très étroites et le revêtement assez défectueux, mais ça roule en faisant attention à conduire doucement.
Peu de trafic. Comme nous avons un grand camping-car de 7 m, nous avons décidé de partir très tôt le matin pour éviter de croiser voitures , camions et bus, sur des routes étroites.
Il est préférable, afin de se trouver sur le coté droit de la route, à flanc de montagne, et de faire le circuit dans le sens que nous l’avons fait car il n’y a pas toujours de garde- fous sur certains tronçons qui dominent la mer tout en bas.
Un nouveau et excellent tronçon de route sur la montagne escarpée nous mène au col de Llogaraja à 1000 mètres d’altitude. Petit déjeuner sur le terre- plein dominant toute la côte sauvage. Là se trouve une forêt de cèdres et pins maritimes, la seule sur tout le littoral. Redescente, dans la plaine et arrivée à Apollonia fondée par des colons corinthiens en 600 avant J.C. Il reste les ruines de l’élégant bouleutérion, (sénat) le centre administratif, les arènes romaines, les colonnes et le musée où l’on peut admirer un monastère et église byzantins du 13ème, dont l’intérieur est recouvert de belles fresques. Heureuse surprise, en été des spectacles sont présentés au public et nous assistons à l’opéra de Don Giovanni, avec l’orchestre philharmonique de Tirana, sous un ciel étoilé. Bivouaquons sur le haut du site, dominant les ruines et au loin la plaine et la mer.
Et c’est la fin d’un beau voyage de 10 jours, dans un pays où l’hospitalité des gens est proverbiale, avec un petit budget, une découverte d’un pays attachant, encore mal connu, sans aucun problème de sécurité. Dans quelques années lorsque le réseau routier sera terminé, l’Albanie deviendra une autre destination touristique, à quelques jours seulement de la France.
Il est vrai qu’en Albanie on ressent une impression d’un pays pauvre,
routes parfois délabrées, mais un programme important aidé
par l’U.E est en place et dans quelques années tout sera remis en
ordre. Les ressources naturelles : gaz-pétrole-chrome-cuivre-ferro
nickel, permettront bientôt de remonter le niveau du pays.
Mais l’hospitalité est grande et les gens très serviables.
Nous prenons à Durrës un ferry de nuit qui nous mène à Bari dans le sud de l’Italie, pour éviter la remontée par la Croatie etc. et disons adieu à cette partie des Balkans, qu’il faut découvrir.
Nous n’avons croisé que 15 camping-cars, allemands, autrichiens, italiens et même un polonais, pas un seul français !
André et Jane Mas