Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.
Ils sont en ce moment de retour en France pour quelques mois, le temps d’être une nouvelle fois grands-parents, ensuite ils repartent rejoindre leur Berliland en Argentine…
Le volcan Hudson (Chili) est entré en éruption pour la dernière fois en août 1991. Ses cendres ont bloqué l’écoulement des rios, provoquant des inondations et ont fait mourir la végétation et les animaux.
La nature reprend peu à peu le dessus.
Le village de Villa Cerro Castillo (fondé en 1966) est bâti face à la montagne du même nom.
Aujourd’hui et demain c’est la Fiesta Costumbrista et nous sommes
encore les seuls étrangers à en profiter.
Marie-Paule, en grande discussion sur les règles d’un jeu genre pile
ou face, dont la pièce est remplacée par une rotule de vache renforcée
par 2 plaques métalliques.
Des cavaliers s’affrontent dans une course à la chilienne, très rapide
mais très courte.
C’est la fête au village.
Dans la rue un défilé costumé raconte ainsi l’histoire récente de la région : voici un siècle, il n’y avait que les peuples originaires, puis les colons sont arrivés, rasant les forêts, remplacées par les pâturages.
Ils ont amené les vaches, les autres animaux ont suivi. Les boeufs assuraient les gros travaux, le transport de la laine des moutons vers les ports d’Argentine à destination des pays riches.
A l’époque, l’ambulance, c’était un brancard avec quatre porteurs !
A côté de Marie-Paule, la doyenne du village. C’est celle qui est
debout !
Le soir tous ceux qui le peuvent encore dansent au son d’un petit
groupe de 3 ou 4 musiciens avec accordéon et guitares.
Grand asado champêtre : une trentaine de moutons vont régaler le public.
La tonte des moutons avec des ciseaux parfaitement affûtés.
Que c’est laid des moutons nus !
La démonstration du travail des chiens tourne court. Ils n’ont pas
envie de nous montrer leurs talents de chiens de berger, seulement
de satisfaire un besoin naturel et la foule éclate de rire.
Démonstration laborieuse du travail au lasso.
Un jeune guitariste accompagné à l’accordéon a chanté tout l’après-midi
en improvisant avec humour sur le déroulement des événements.
Nous quittons le sympathique village de Cerro Castillo et la montagne
du même nom, couverte de glaciers.
Et à la sortie du village, surprise, nous tombons sur Noël, un stoppeur
malais que nous avions déjà emmené à Punta Arenas, tout au sud
du Chili, voir des pingouins.
La photo illustre très bien l’histoire de la région. Pour avoir des pâturages,
(au 1er plan) les colons ont incendié la forêt native (au 2e
plan) puis parfois ont replanté des conifères à croissance rapide (au
3e plan).
Eglise de bois du petit village de Villa Amengual (fondé en 1982). La carretera austral est en travaux mais la nature souffre.
Puerto Cisnes, agréable village doté d’une étonnante et belle bibliothèque.
La fondatrice du village (1957) était italienne.
Ici on pêche en barque dans le fjord.
Quand une maison brûle, comme tout est en bois, il reste peu de chose ! Pour reloger une famille sinistrée, les habitants du village ont reconstruit une autre maison en bois et en tôle au cours d’une minga (travail collectif volontaire) et l’ont transportée à travers le fjord, tirée par des bateaux, avec de l’eau à hauteur des fenêtres, les habitants à l’intérieur, jusqu’à un nouveau terrain. Nous avons raté de quelques jours cette traversée spectaculaire.
A Puyuhuapi de nombreux colons sont d’origine allemande.
Fougères et rhubarbes atteignent des tailles impressionnantes, car
il pleut très souvent le long de la Carretera Austral.
Le volcan CHAITEN
La Carretera Austral s’étire sur 1 000 km, depuis Villa O’Higgins au sud jusqu’à la petite ville de Chaiten au nord. La piste est la plupart du temps mauvaise, très rarement asphaltée mais des travaux d’élargissement, de construction de ponts en feront une piste correcte d’ici quelques années. Les montagnes alentour sont souvent couronnées de glaciers, le temps généralement brumeux nous les a très souvent masqués. Sur le parcours une seule ville (Cohaique) et quelques villages très éloignés les uns des autres.
Chaiten, située au bord du Pacifique, face à l’île de Chiloe qu’on aperçoit au loin, a vécu des moments terribles à cause de la proximité du volcan du même nom. Il est petit, mais dangereux et méchant (tiens, ça me rappelle quelqu’un…) avec ses 960 m d’altitude seulement. Quand Il est entré en éruption en mai 2008 il a fallu évacuer toute la population et le bétail.
A une cinquantaine de kilomètres de la ville nous sommes frappés par la couche de cendre blanche qui recouvre les bascôtés de la route, enfin asphaltée. Plus on avance, plus le paysage est blanc ou gris et les arbres sur les montagnes sont morts, sans feuilles. Au contrôle routier, les carabiniers nous autorisent à entrer dans la ville pour la journée.
En arrivant nous trouvons d’abord le cimetière, aux tombes enfouies dans près d’un mètre de cendre.
Le pont a eu bien du mal à résister à la crue du rio Blanco qui a emporté des arbres, créant des barrages naturels qui en cédant ont libéré des flots dévastateurs, arrachant les constructions près des rives et causant de très gros dégâts. La cendre qui tombait a chargé les toits des maisons qui se sont parfois écroulées. Mais certaines sont encore habitées, souvent couvertes de pancartes mettant en cause le gouvernement chilien et la présidente, Mme Bachelet, leur reprochant de vouloir reconstruire la ville ailleurs.
Nous faisons la moitié du tour du volcan, sur une vingtaine de kilomètres, par une piste déserte. Puis nous abandonnons en raison des pancartes apposées que nous n’avions pas vues et qui assimilent la pénétration par cette piste à une violation de domicile dans le parc Pumalin.
Ici le paysage est en noir et blanc, sauf de temps en temps une tache verte insolite, des rhubarbes géantes, des fuchsias, ou quelques pousses vertes sur un arbre qui semblait mort. Le sommet du volcan est perdu dans la fumée et nous voyons qu’il ressemble à un gruyère dont les trous laissent échapper des fumerolles inquiétantes.
De retour sur la plage de Santa Barbara, un lieu paradisiaque à 4 km de Chaiten, près d’un énorme rocher, nous profitons d’une table de pique-nique pour prendre notre repas.
Retournant vers la ville, nous voyons arriver le ferry Don Baldo venu de Quellon (sur l’île de Chiloe) et attendons parmi les manifestants qu’il accoste. Slogans, pancartes, les gens présents protestent, ils ne veulent pas que leur ville soit abandonnée. La télévision est là. Les passagers et quelques voitures sortent au compte-gouttes.
Nous regagnons la ville bordée de la plage. L’océan est loin maintenant à cause de la cendre qui a recouvert le sable et l’eau.
Rencontre de jeunes cyclistes français très sympas venant de Chiloe.
La ville est quasi déserte, sinistre, seul un petit supermarché est
ouvert, faiblement éclairé par quelques ampoules alimentées par
son propre groupe électrogène. Un touriste suisse proteste car la
bière dans le frigo n’est pas fraîche, avant de réaliser qu’il n’y a pas
suffisamment d’électricité pour qu’il fonctionne.
Dans la boutique, sous nos pieds le sable et la cendre crissent, les
produits sur les rayons sont couverts de poussière de cendre. Une
petite radio à fond crachote et grésille. Ambiance sinistre de fin du
monde.
Nous n’avons pas envie de nous attarder ici. Les montagnes brumeuses
se sont dégagées et on voit très bien le sommet du volcan
qui crache ses fumées.
Une dizaine de stoppeurs nous supplient de les emmener, nous
chargeons finalement un couple de jeunes Belges sympathiques
jusqu’à Santa Lucia, petit village où d’autres stoppeurs nous supplient
encore de les prendre. Ils vont comme nous en Argentine.
Mais il est 20 heures, dans 2 heures il fera nuit et nous ne voulons
pas nous lancer dans la montagne à cette heure-ci. Nous les prendrons
demain.
Chaiten, (5 700 hts) capitale de province depuis 1981, ne comptait
que 3 maisons en 1933.
En 1946, l’armée chilienne commence le tracé de la route australe.
En avril 2008 la ville compte 5 700 habitants.
Le 2 mai 2008 le volcan Chaiten (962 m) se réveille. La ville est
évacuée.
Le 7 mai éruption de cendres et de lave. Alerte maximale. Les 400
personnes restées à Chaiten doivent partir ainsi que le bétail.
Les pluies de cendres ont recouvert la ville. Sous le poids de la
cendre et de la pluie des maison s’effondrent, les pâturages disparaissent,
le rio Blanco déborde et arrache des habitations.
Les cendres, poussées par le vent d’ouest franchissent les Andes et
atteignent l’Argentine, jusqu’à Buenos Aires à 1 000 km de là.
D’impressionnantes et épaisses fumées blanches sortent toujours du volcan. Spectacle désolant de la ville quasi fantôme. 250 personnes sont revenues dans leurs maisons. Certaines rues dégagées sont bordées d’un mètre de cendre.
Deux semaines après notre passage, nouvelle
alerte, les fumées et les cendres s’élèvent à plus de 10 000 mètres
et les villages des environs d’Esquel en Argentine reçoivent de nouvelles
pluies de cendres.
Seconde évacuation totale des habitants.
Une équipe de scientifiques états-uniens pense que le sort du
volcan Chaiten sera comparable à celui du mont Saint Elens
aux Etats-Unis, qui avait explosé violemment en mai 1980.
Affaire à suivre…
En quittant Santa Lucia nous retrouvons les stoppeurs de la veille, Matias et Marcos, deux étudiants, solides gaillards argentins aux sacs à dos lourdement chargés.
La piste vers Futaleufu et l’Argentine traverse des paysages sauvages magnifiques en moyenne montagne avec des forêts, lacs et rios aux eaux transparentes, qui font penser à la Suisse ou à la Bavière.
En franchissant le rio Futaleufu, d’un bleu-vert lumineux surprenant nous rencontrons des cyclistes de plusieurs nationalités. Une flottille de kayaks et de canots pneumatiques s’engage dans des rapides spectaculaires.
Le village de Futaleufu compte un peu plus d’un habitant au km² et se consacre essentiellement au tourisme. Rafting mais aussi pêche sportive sont au programme.
Sitôt les Andes et la frontière franchies, la végétation change et devient beaucoup plus sèche. Nous traversons Esquel puis entrons dans le parc de Los Alerces (15 pesos chacun pour les étrangers) mais pour aller voir ces arbres géants comme des séquoias, (quelques- uns atteignent 60 m et ont plus de 3 000 ans), il faut prendre un bateau, payant bien sûr, et nous préférons renoncer. Dans le parc on trouve plusieurs campings, l’un est gratuit, au bord du lago Futalafquen, sans eau ni sanitaires, mais le cadre est très agréable.
Le camping Lago Rivadavia, au bord du lac du même nom, est bien équipé.
Nous quittons le parc plutôt déçus. Payer pour rouler sur une piste poussiéreuse dont le parcours est agréable, sans plus…
Après Cholila, petit village tranquille, une piste nous mène jusqu’à la route 40, qui ici est asphaltée. Le bonheur ! Nuit près du village d’Epuyen.
Arrêt à El Bolson, agréable ville touristique très fréquentée. Il fait chaud, plus de 30°. Rencontrons Michel et Sonja, Hollandais qui roulent en combi VW vert et blanc.
Ne trouvant pas d’endroit agréable où passer la nuit, nous poussons jusqu’à Pampa Linda, au pied du cerro Tronador. L’entrée du parc est en principe payante mais il n’y a personne. L’étroite piste à sens unique alterné n’a jamais été améliorée depuis notre premier passage en 2004, et il faut être prudent car le soir on circule dans les deux sens.
C’est la troisième fois que nous venons ici. Le camping de Pampa Linda est presque désert. Mais en un an le tarif est passé de 15 à 20 pesos chacun.
Le Tronador est toujours aussi imposant. Des dizaines de cascades
nées des glaciers plongent le long de ses parois abruptes.
Quelques condors décrivent de larges cercles.
A Villa la Angostura, la statue à l’entrée de la ville semble avoir une grosse envie de… pêcher.
WiFi et nuit sur le parking de la municipalité. Le lendemain matin un jeune couple en Land Rover, en vacances avec leurs deux enfants, stoppe près de nous. Visite du BerLiland, et comme si ça allait de soi, ils nous offrent un drapeau du landroverclub argentin auquel nous appartenons aussi.
De passage à San Martin de los Andes, nous faisons le tour des librairies. Marie-Paule choisit quelques ouvrages, en espagnol bien sûr. Intéressé par notre histoire, un libraire nous achète quelques exemplaires de notre livre, bien qu’il soit en français.
Nous aimons beaucoup la petite ville de Junin de los Andes. Alors que Bariloche nous semble factice, Junin, bien que touristique, reste simple et naturelle.
L’an dernier nous étions arrivés ici avec 3 jeunes stoppeurs. Nous
avions passé une semaine agréable avec eux au camping. (voir notre
récit du 3e voyage, partie X) qui s’est achevée par un asado
mémorable au bord de la rivière. Leur ami Pipino, pêcheur et chasseur,
avait apporté un bon morceau de cerf qu’il avait lui-même tué
et qu’Osvaldo avait cuisiné.
En arrivant sur la place de Junin, avant même de descendre du
Land, Pipino vient nous saluer. Il habite ici et passait par là par
hasard. Nous demandons des nouvelles de ses trois amis. Il nous
apprend alors que Matias, le plus grand, un garçon de 20 ans est
mort à Neuquen, poignardé par un chauffeur de taxi. Nous sommes
effondrés. Nous ignorons les circonstances exactes de sa mort,
et aujourd’hui encore nous nous interrogeons. Y a-t-il eu altercation
entre lui piéton et le chauffeur, était-il lui-même automobiliste,
aurait-il voulu attaquer le taxi, nous préférons l’ignorer. Pour nous il
restera un brave garçon. Cette nouvelle nous consterne et nous rappelle
que la violence existe aussi ici. Nous faisons tirer sur papier 4
exemplaires des photos prises l’an dernier. Pipino les leur remettra
ainsi qu’à la famille de Matias.
A Junin les campings sont complets, il y a beaucoup de monde car
la ville fête son 126e anniversaire et organise sa 21e Fiesta del
Puestero (= gaucho).
Les festivités durent une semaine et se termineront par un concours
de dressage de chevaux.
Beaucoup viennent au camping avec un véritable déménagement :
tables et sièges de jardin en plastique, matelas mousse utilisés probablement
aussi à la maison. Avec peu de moyens et de l’astuce, certains
ont fabriqué une caravane avec une remorque et une bâche.
Aujourd’hui, défilé civil et militaire le long de la place. Les pompiers français sont toujours à l’honneur grâce aux dons de véhicules d’incendie et de secours et aux formations au secourisme qu’ils délivrent chaque année.
A Meliquina nous retrouvons nos amis Gladys et Carlos. Il a allumé
dans un angle de la cheminée de sa petite maison de vacances un
bon feu de bois. Quand il a assez de braise, il la déplace avec une
petite pelle ou une raclette et pousse sous la grille juste la quantité
nécessaire. Il peut ainsi bien régler la cuisson de la viande, mais
aussi faire cuire une pizza dans sa tôle, recouverte d’une autre plaque.
En plein air, sur un fogon, les Argentins procèdent de la même
façon.
Estanislao, leur fils de 11 ans, fabrique des mouches pour pêcher
des truites dans la rivière ou dans le lac de Meliquina.
Nous avions bien aimé cette fête l’an dernier mais n’avions pas assisté
au « dressage » des chevaux. Cette année il y a foule, plusieurs
milliers de personnes. Le public vient des petites villes de
la région et de la campagne, ce sont des connaisseurs. Pas de
touristes étrangers, seulement un autre couple d’amis français (qui
avaient voyagé avec nous pendant un mois sur le cargo, les Cordel)
qui vient de nous retrouver par hasard.
Des chevaux très rétifs sont montés par des cavaliers intrépides
et experts. Le but est de rester en selle au moins jusqu’à ce que la
cloche retentisse, au bout de 10 à 20 secondes, nous n’avons pas
pensé à compter.
L’ambulance n’est pas loin mais n’aura pas finalement à intervenir,
malgré les chutes spectaculaires. Certains restent sonnés un moment,
mais leurs copains les relèvent et on passe au suivant. Le
rythme est très soutenu.
Les chevaux sont amenés à travers le terrain jusqu’à trois solides
poteaux où ils sont attachés et harnachés alors qu’ils se débattent
sauvagement.
Dès qu’un des trois chevaux est prêt, un cavalier le monte, la corde
qui retenait l’animal au poteau est lâchée et l’épreuve commence
pour lui. Le cheval part comme une fusée, fait tout son possible pour
se débarrasser de l’homme. Lorsque la cloche retentit, d’autres gauchos
sur des chevaux dressés ceux-là viennent encadrer le cheval
sauvage et tentent de récupérer le cavalier pour lui éviter une chute.
Le vent violent soulève des nuages de poussière puis la pluie nous
décourage et nous quittons la fête avant la fin.
Nous avons aimé le côté spectaculaire de cette fête, admiré la
beauté des chevaux et l’agilité de leurs dresseurs mais pas apprécié
les coups donnés qui les rendent à moitié fous. Entendre un cheval gémir de douleur lorsqu’il tombe ne nous plaît pas, quant aux cavaliers
leur démonstration frise l’inconscience.
Il doit y avoir la queue à l’hôpital le lendemain… ou le soir même.
Apparemment il n’y a pas eu de blessés graves.
A suivre...
Jacques et Marie-Paule Berlivet
Et pour en savoir plus : http://landandino.org