Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.

La Carretera Austral ou plus justement CAMINO AUSTRAL
comme le nomment les dépliants touristiques.
Depuis notre départ de Buenos Aires jusqu’a Ushuaia nous suivons nos prévisions de voyage normalement. Et nous remontons avec des moments forts et d’autres monotones et routiniers ainsi la Patagonie cote Argentin et la ruta 40.
C’est ce qui se passe dans tous les voyages. C’est pourquoi nous décidons un soir de couper court et d’attraper au plus vite le coté Chilien. Beaucoup plus pittoresque à en croire les guides de voyages.
Nous prenons la 41, l’embranchement se trouve à 9 kms au Nord de Bajo Caracoles. Elle traverse la Cordillère des Andes et au beau milieu le «Paso R. Roballos» est la frontière.
Bien nous en prend car nous roulons sur un petit chemin de terre et pierre très peu fréquente (5 a 6 voitures par jour) donc peu abime. Bien sur il y a des raidillons très ...pentus à monter puis à descendre, des virages très...pointus, et des ponts où il est préférable de fermer les yeux lorsqu’on s’y engage.
D’un autre point de vue le paysage est magnifique. Nous passons
des vallées verdoyantes ou paissent en toute tranquillité ces animaux
de Patagonie, les guanacos par centaines, et aussi des canards, des oies et beaucoup d’autres espèces que nous ne pouvons
vous nommer. Belles à regarder et belles à croquer.
Nous passons quelques cols pas très difficiles avec vues plongeantes
sur de magnifiques vallées où courent de merveilleuses rivières;
on croit voir des images de la genèse.
Nous sommes entourés de sommets, des aiguilles élancées et froides,
des tours plus carrées enneigées et des glaciers. Le vent de
Patagonie, c’est à dire très fort avec de violentes rafales, s’est levé.
En France on appellerait cela une tempête, pour ici c’est normal.
Nous dormirons à l’abri d’une grosse bosse de pierre par un vent
de quarantième rugissant et par un froid hivernal. Et effectivement
notre maison roule et tangue comme sur un océan déchainé. Nous
nous trouvons au beau milieu de la Cordillère des Andes dont nous
avons tant entendu parler et lu.
Le matin sera plus humain et rassurant. Glacial donc chauffage
mais ciel lumineux, air vif et pur; quoi de mieux pour aller affronter
messieurs les Douaniers. Pour le moment nous n’avons connu
aucun ennui avec ceux-ci pourtant très tatillons côté chilien et pas
plus avec la police. Espérons que cela continue !
Nous terminons notre chemin de traverse en nous disant "nous allons enfin rencontrer une piste plus large et plus fréquentée car s’il nous arrive un pépin c’est plus passager donc plus facile et plus rapide de se faire aider ou dépanner" misère de misère ! aurait dit Christiane Omnes... bien au contraire c’est aussi étroit et en plus mauvais.
Nous voici donc arrivé sur le Camino Austral tant convoité. Déjà plus de 400 km de pistes de fait. Et les 630 km encore à venir de Cochrane à Chaiten seront les plus mauvais: remblais de galets et pierres plus ou moins coupantes (pas du beau petit gravier tamisé !), passages directement sur la roche qui a été minée pour couper un virage, tôle ondulée sur des km (on en a compté une fois plus de 35 km sans interruption). Et si par bonheur on entrevoit avec soulagement un peu de terre, déception ce sera une suite de trous sur toute la largeur et il faudra décider lesquels prendre.
Le Camping-car grince, craque, couine, se déhanche et soupire. La suspension tressaute de droite et de gauche et parfois des quatre roues à la fois et alors tout trépigne à l’intérieur. Et nous notre ventre se serre jusqu’a ce que, une fois l’enfer passe, on entende le ronronnement rassurant du moteur.
Et malgré cette route de m... nous ouvrons grands les yeux autour
de nous. Nous avons une chance inouïe de voyager dans un décor
pareil, et avec tout notre confort, dans une nature vierge malgré
quelques colons téméraires installés ici depuis moins de 30 ans. Ils
occupent en général des endroits superbes en fond de vallées ou
sur des coteaux, bien abrités des vents dominants et bien exposés
au soleil avec en fond des montagnes, entourés de forêts et près
d’un cours d’eau. Des endroits qui valent de l’or en Europe.
Tout est à faire de l’abattage au nettoyage des terrains pour en faire
de belles prairies où paissent déjà de beaux troupeaux. Tranquillité
absolue, isolement total... Il faut aimer. Mais à choisir entre la pauvreté
des faubourgs et les tentations de la ville ceux-là ont choisi de
s’en sortir en comptant sur eux-mêmes.
On le voit tout au long du chemin c’est un beau challenge; pas riches
mais manquant de rien.
Donc nous sommes conscients d’être privilégiés de nous trouver là, au beau milieu des Andes. Bien sûr nous les retrouverons tout au long du voyage, au Pérou, en Colombie... Cependant ce chemin est ouvert aux véhicules «appropriés» depuis moins de 10 à 15 ans. Il n’y avait tout simplement pas de pistes auparavant si ce n’était que de prendre une machette et de s’y enfoncer.
Le soir nous cherchons un endroit près d’un rio et nous pêchons. Nous sommes pratiquement toujours en 5 étoiles, vue imprenable : le bruit d’une cascade ou d’une rivière avec les chants d’oiseaux, et l’impressionnante suite de montagnes de la cordillère. Il y a du saumon et de la truite partout car, si vous regardez bien la carte du Chili sur 4300 km de long la largeur moyenne est de 180 km, et dans le bas où nous sommes il y en a encore moins et tous les fleuves et rivières vont dans les fjords qui donnent dans le Pacifique. Et chaque soir c’est la détente et le plaisir pour nous deux. Il y aura toujours eu une ou plusieurs belles prises. Vraiment un paradis pour les pécheurs.
En vous décrivant le camino austral je n’ai pas exagéré et je dois dire qu’avant de rouler de nouveau sur du «ripio» de cet acabit (c’est le nom des routes de pierres) nous réfléchirons longuement à savoir si le mal en vaudra la peine ! Le matériel souffre énnnnnnormement et les passagers sont consssssssssstamment crispés à attendre une crevaison, une vis qui tombe, un axe qui casse ou le pare-brise qui éclate car les 4x4 et pick-up roulent vite eux. Ils n’ont pas leur maison à transporter et préserver.
Nous avons rencontré en cours de route quelques rares 4x4 équipés de cellules mais aucun camping-car classique. Aperçu à Cochrane un Camping-car chilien dans une cour et un autre à Coyhaque. Aujourd’hui nous avons retrouvé le bitume avec très grand plaisir et nous déplorons une seule crevaison, des vis à replacer ainsi que deux batteries.
En conclusion, la Camino Austral : ça vaut la peine ! mais il faut être conscient des risques.
Charles et Colette BRISSON
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