Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.
Suite de l’année des 3 étés (extraits)
Au moment où je commence la rédaction des cette partie de notre
carnet de route, nous sommes au Pérou, dans une crique de la côte
du Pacifique portant le nom de PUERTO INKA, (Point GPS : S 15°
50,315 W 074° 18,747) près du village de Chala.
A Arica, avant d’entrer au Pérou, Jean-Paul AUFFRAY nous a confirmé
l’extrême fatigue de son épouse Jacqueline, et nous a fait part
de leur décision d’écourter leur voyage et de reprendre un bateau
pour la France le plus rapidement possible.
Malgré nos propositions diverses tendant au repos de Jacqueline et
à attendre un mieux, leur décision de regagner rapidement l’Argentine
nous a paru irrévocable. C’est avec un grand regret et inquiétude
que nous les avons laissé à ARICA.
Depuis, par SMS, ils nous ont indiqué que Jacqueline, grâce au
repos qu’elle prenait, allait un peu mieux et qu’ils avaient pu faire
avancer leur embarquement pour Le Havre.
Gérard et Gisèle MULATON et nous continuons le voyage suivant le
programme que nous avions mis au point tous ensemble.
Voilà les nouvelles « live »
Je reprends maintenant mon récit depuis LA SERENA.
Nous quittons le Camping MORILLOS, au sud de LA
SERENA, direction le nord par la Ruta 5.
A partir de cette ville, la forme autoroutière de cette grande voie
cesse. La route simple à deux voies rend la circulation plus dense
en raison du nombre important de camions et d’autocars, seuls
moyens terrestres de communication.
Le paysage aussi change. Il devient de plus en plus désertique. De
part et d’autre de la route, les montagnes dépourvues d’arbres sont
très colorées et encombrées des rejets des mines alentour. Nous
pénétrons ainsi petit à petit dans le désert d’Atacama, le plus aride
du monde et la température grimpe facilement au dessus des 32°.
Dans ce désert, les villes et villages sont rares. Seuls existent celles
et ceux liés soit à la présence d’une mine ou d’un peu d’eau ou
d’humidité comme l’étroite bande côtière.
A l’entrée de COPIACO, une grande affiche rend hommage au DAKAR
qui a dû passer par là en début d’année. Nichée au creux de
la vallée du rio du même nom, elle a pour activité principale l’exploitation
minière.
Dès la sortie de la ville en direction de la côte, les dunes de sable
réapparaissent.
C’est sur la plage de BAHIA INGLESA, près de CALDERA que nous
installons notre bivouac.
Nous levons le camp un peu plus tôt que d’habitude
pour essayer d’atteindre le soir et à travers le désert ANTOFAGASTA,
à 510 km de là.
Nous faisons un petit arrêt à CALDERA pour tenter d’acheter des
coquilles St Jacques, spécialité locale, mais à 8 heures 30, tout est
fermé : rythme hispano-chilien oblige !
Jusqu’à CHANARAL, la ruta 5 longe la côte du Pacifique parsemée
de villages de pêcheurs aux maisons de bois, et de villages de toile
en plein soleil pour les vacanciers.
Là, la Ruta 5 revient vers l’intérieur dans le désert avec de très beaux
paysages sur un plateau à 1300/1500 mètres d’altitude. Il fait chaud.
Nous roulons et mangeons du kilomètre. De part et d’autre de la
route partent des pistes vers des mines parfois abandonnées.
Peu avant notre étape, une main géante, oeuvre d’un sculpteur, sort
de terre. Elle semble saluer les voyageurs.
Avant de regagner la côte à ANTOFAGASTA par un long vallon qui nous fait rapidement perdre de l’altitude, nous traversons une immense zone industrielle qui traite les minerais divers de la région.
A ANTOFAGASTA, le parking d’une Chapelle Militaire, en front de mer, nous tend les bras pour le bivouac. Le planton de service nous indique que le stationnement y est interdit. En gravissant les échelons, par la voie hiérarchique, nous obtiendrons l’autorisation nécessaire pour ne pas chercher ailleurs et se poser rapidement. La journée a été longue et nous sommes fatigués…
ANTOFAGASTA, coincée entre l’océan et le plateau du désert est
la deuxième ville du Chili. C’est un port immense pour l’expédition
des minerais et notamment celui du cuivre et constitue le débouché
maritime de la Bolivie, perdante de la guerre du Pacifique au début
du XXème siècle. Elle est peu fréquentée par les touristes.
On y
voit de très belles maisons victoriennes et des bâtiments d’influence
britannique, restes de la riche époque des nitrates. Une réplique de
« Big Ben » trône sur la place centrale qui, pour une fois, ne porte
pas le nom de « Plaza de Armas » aussi courante ici que « Place
Général de Gaulle » chez nous…
Nous nous y promenons pendant la matinée et y faisons des courses
pour notre quotidien.
Dans l’après midi, toujours dans ce même désert, nous abattons les
225 km qui nous séparent de CALAMA au pied de la cordillère. C’est
la ville du cuivre : même la flèche de la cathédrale est façonnée dans
ce métal. Elle jouxte la plus grande mine à ciel ouvert du monde :
CHUQUICAMATA, un trou de 850 mètres de profondeur, de 4,5 km
sur 3,5 km, d’où remontent en spirale sur ses flancs de monstrueux
camions de 100 tonnes aux pneus de 3 mètres de haut, chargés de
minerais. Au dessus de ce trou, une poussière permanente, autour
des usines de traitement et des terrils plus hauts que les montagnes
alentour. Tout est démesuré. Le Chili est le plus gros producteur de
cuivre du monde : 630.000 tonnes entre cette mine et celle de Mina
Escondida près d’ANTOFAGASTA. Le tout est actuellement exploité
par une entreprise d’Etat.
Nous n’avons pas pu la visiter : les rendez-vous sont donnés à huitaine…
Près de CALAMA, se fête à CASPANA le 2 février, jour de la Chandeleur « Nuestra Senora de la Candelaria ». Chez nous, ce jour-là, on fait sauter les crêpes. Ici, la connotation religieuse originelle de la présentation de Jésus au Temple et de la purification de la Vierge Marie 40 jours après Noël a été conservée.
Nous quittons CALAMA pour CASPANA, petite
oasis à 3.350 m. d’altitude, habitée par une communauté indienne.
Nous faisons un arrêt, à l’heure du repas à CHIU-CHIU pour voir sa
petite église blanche à la charpente et aux portes réalisées en bois
de cactus. Le goudron s’arrête là. CASPANA est à cinquantaine de
kilomètres plus loin en plein désert. Et curieusement, sur cette route
se trouve un lac circulaire : la laguna Inca-Coya de 80 mètres de
profondeur d’après Jacques Cousteau qui y a plongé.
Vers 16 heures,
nous arrivons à CASPANA et acquittons une dîme pour entrée
au village.
Dans le creux de la vallée où il est niché, les chemins y
sont étroits et très pentus : impossible d’y garer nos véhicules.
Revenant
sur nos pas, nous nous posons sur une plate-forme (un peu
ventée) à l’entrée du village. Nous partons à pied et guidés par le
bruit de la musique, nous pénétrons dans la maison communale.
Là, les orchestres du style « bandas » se succèdent les uns après
les autres de demi-heure et demi-heure et les gens dansent.
C’est
plein. Il y fait très chaud. Les boissons, un peu alcoolisées, sont
offertes. La tradition veut que les premières gouttes du verre soit
versées au sol pour « la terre ». Nous nous y conformons.
Ambiance
folle et cela va durer, sans arrêt, jusqu’au lendemain à l’heure de
la messe…
Bien entendu nous nous éclipsons et nous promenons
parmi tous les stands des marchands. Nous sommes ébahis et assourdis.
Messe à 11 heures dans la cour de l’église suivie de
la procession. Les « bandas» y arrivent les une après le autres avec
leurs danseurs. La messe est dite avec beaucoup de ferveur. On y
mélange les traditions chrétienne et indienne.
L’apothéose est la
procession accompagnée par tous les orchestres. Bref, ce fut un
grand moment où l’émotion y a trouvé sa place.
Seuls étrangers, nous sommes allés saluer et remercier le prêtre
après l’office. Apprenant que Gérard et Gisèle habitent près de Villefranche
sur Saône, il nous confie que les indiens vouent une passion
à Jean-Marie Vianney, le saint curé d’ARS - nous l’avions remarqué
puisque chaque église est dotée d’une statue de ce saint homme.
Il nous a fait promettre d’aller à notre retour jusqu’à Ars et lui envoyer
médailles et images. Sur le coin de l’autel, il nous a donné son
adresse postale, e-mail, site internet et téléphone portable…
A midi, le repas communautaire est offert à tous les habitants. L’apéritif
nous est offert.
Nous déjeunons plus loin de grillades dans
un restaurant de plein air à une table commune.
Les fanfares reprendront
de plus belles, sans arrêt jusqu’au lendemain midi… Elles
nous berceront pendant la nuit.
Ces deux jours resteront gravés pour longtemps dans nos mémoires.
On repart, mais un problème survient au camping-car
de Gérard et Gisèle : fuite au radiateur. Le mécanicien du village,
consulté, nous dit ne rien pouvoir démonter par manque d’outillage…
La tentative de rouler quand même en ajoutant de l’eau échoue : 2
litres d’eau tous les 5 kilomètres. On laisse le véhicule sur place, et
avec le mien j’accompagne Gérard à CALAMA consulter la concession
Mercédès…
Pas de problème, où est le véhicule ? Nous envoyons
un mécano avec un radiateur neuf. La réponse nous laisse
pantois, mais tant mieux : Caspana est à plus de 100 km de CASPANA,
dont la moitié en piste.
Nous revenons. Le mécano est déjà sur place et a commencé le
démontage. Il constate d’abord qu’il n’a pas emporté le bon modèle
de radiateur et ensuite que la pompe à eau fuit également...
Il est
presque midi.
Il repart pour CALAMA et trois heures plus tard, il est
de retour avec un aide. A 19 heures, tout fonctionne bien…
Pour le règlement ? Passez demain à Calama à la concession…
C’est ce que nous ferons le lendemain et profiterons Gérard et moi
pour faire faire l’entretien vidange et graissage de nos véhicules.
Dans l’après-midi tout était fini. Et la facture a été douce.
Nous repartons avec pour objectif d’aller passer la nuit sur le site des
Geysers du Tatio que l’on atteint généralement par minibus depuis
San Pedro de Atacama. Nous choisissons, pour éviter d’emprunter deux fois la même route, d’y aller par la montagne en passant par
Chiu-Chiu et Caspama.
Magnifique route dans les couleurs de la fin d’après-midi. Piste correcte
compte tenu de la faible vitesse due aux pentes très raides :
passage de la première vitesse parfois nécessaire et passage d’un
col à 5.145 m.
La nuit nous surprend et nous hésitons à plusieurs
croisements de piste. Un pick-up de passage nous confirmera notre
chemin : en fait, la piste venant de San Pedro de Atacama, est très
« tôlée » par le passage des minibus. Ces 10 derniers kilomètres de
tôle ont été faites de nuit et au pas.
A l’entrée du site (4.320 m.), grand parking.
Alicia, la gardienne du refuge
nous accueille, nous installe, nous offre des feuilles de coca à prendre
en infusion en raison de notre essoufflement et maux de têtes.
Nuit « moyenne ». Réveil à 5 heures pour entrer sur le site avant le
lever du soleil à quelques kilomètres de là.
Il y a déjà beaucoup de touristes endormis, partis à 2/3 heures du
matin de San Pedro.
Le site est un immense plateau où surgissent ça et là des fumerolles et jets d’eau bouillante et fumante. Dès que la température extérieure montera, les nuages de vapeur disparaîtront.
Nous laissons repartir les minibus et allons prendre un bain dans une piscine semi-naturelle d’eau chaude. Très agréable dans l’eau, mais à la sortie l’air est à 5/7 degrés...
Nous entamons ensuite la longue descente vers San Pedro d’Atacama
par une piste large et bien tracée, mais avec une tôle épouvantable…
Nos lourds engins, sur ces pistes sinueuses, ne peuvent
pas prendre de vitesse suffisante pour avaler cette tôle. On va lentement.
On en prend plein les yeux : le paysage est tellement beau au pied des volcans.
Arrêt à midi près du Rio Puta, là où les vigognes (cousines du lama)
viennent se désaltérer.
Passage près des Thermes Puritana, avant d’arriver au milieu de
l’après-midi à San Pedro de Atacama.
Ville très touristique et envahie
en cette période estivale. Elle a pour toile de fond le Volcan
LICANCABUR, cône parfait culminant à 5.920m.
Nous trouvons rapidement
une « lavanderia » à qui nous confions notre linge sale.
C’est une femme qui habitait la capitale et qui, héritant d’une vieille
maison dans cette ville, a décidé de la transformer en maison d’hôtes.
Il y a beaucoup de travail…
Hors de la ville, près d’un camping fermé pour cause de travaux, nous trouvons un lieu de bivouac.
Nous consacrons cette journée à la visite des sites autour de San Pedro.
D’abord vers le sud : TOCONAO, un joli petit village géré par une
communauté indienne avec une petite église au clocher excentré
sur la place centrale.
Au loin, le volcan LASCAR fume.
Puis nous entrons dans le Salar de Atacama : une immense étendue de sel cristallisé avec en son centre la Laguna Chaxa où y séjournent des flamants roses. Dans cette eau calme formant miroir, tout est magique.
Nous déjeunons sur place. Il fait chaud. Le soleil cogne.
Retour à San Pedro, et vers la fin de l’après-midi, vers le nord, incursion dans la Vallée de la Muerte : un long canyon entre des murs d’un rouge intense s’ouvrant sur des dunes de sable où se pratique le « sand-surfing »…
On termine cette journée par la Vallée de la Lune et y assistons au coucher du soleil. Grandiose, mais beaucoup trop de monde à notre goût.
Nous espérions pouvoir y passer la nuit, mais les gardes nous ont fait savoir que cela était devenu interdit. Le parking de la maison des visiteurs à l’entrée du site sera notre bivouac.
Ce début février a été fertile. Nous en conserverons un excellent souvenir.
Michel Bonjean, à suivre.
Haut de page
Association loi 1901 - Siège social : Dijon