Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.

Notre itinéraire revu et corrigé, nous allons maintenant continuer « la
grande boucle », le tour presque complet de l’Australie, en suivant la
côte jusqu’à Darwin, avec ensuite une descente au centre, en juillet
prochain, la saison la moins chaude. Comme nous l’a fort justement
écrit un couple d’amis, « l’Australie a de quoi satisfaire les appétences
touristiques les plus voraces » et nous ne chômerons pas.
Pour commencer, nous vous invitons à nous suivre dans la traversée de la célèbre plaine de Nullarbor, 1700 km de terres arides, près de la côte du Pacifique Sud. Rien à voir cependant avec l’équipée de John Eyre qui fut le premier européen à ouvrir cette voie, en 1841, entre l’Australie Méridionale et l’Australie Occidentale. La route actuelle porte d’ailleurs son nom en souvenir de cet exploit qu’il mis plus d’un an à accomplir.
Avec Caraventure, ce fut plus rapide, mais nous avons quand même
prévu une pleine réserve d’eau (230 l), de fuel (120 l) et des provisions.
Notre guide présentait ce passage comme « quasi méditatif
». C’est vrai que nous avions le temps de méditer car il nous a fallu
4 jours pour traverser ces étendues « sans arbre », c’est le sens de
Nullarbor en latin, avec un relief plat, des buissons bleutés s’étendant
à perte de vue, quelques arbres malgré tout, aucune habitation.
On reprend contact avec la civilisation grâce aux stations services/
motels qui jalonnent le trajet. Il est important d’avoir un oeil sur la
jauge car elles sont éloignées les unes des autres et sont parfois en
rupture de stock (« sorry, out of order »). La route file droit, un tronçon
de 146,6 km exactement est même complètement rectiligne. On
pourrait presque bloquer le volant et dormir, mais on croise quand
même des humains dans des véhicules et surtout des « road trains
», ces gros camions avec parfois jusqu’à 4 remorques (53 mètres
de long au maximum…).
De nombreuses aires de repos sont prévues et on peut même y passer la nuit. Des panneaux nous incitent d’ailleurs vivement à les utiliser : « stop, revive, survive », le message est clair et direct. Ce sont de vastes parkings dont le seul confort est d’être munis de poubelles, ce qui est loin d’être négligeable. Ils sont parfois bien situés comme celui de Bunda Cliff, au bord de falaises : la mer, les falaises, le soleil, le silence, quelques lézards…
A l’entrée de Nullarbor, des panneaux, devenus le symbole de cette route, attirent notre attention sur la traversée éventuelle de chameaux, kangourous et wombats. (Les chameaux ont été utilisés autrefois pour la traversée des espaces désertiques et certains sont devenus sauvages, les wombats étant une sorte de petits oursons herbivores bien inoffensifs). Nous n’en verrons aucun. Par contre d’autres en ont rencontrés la nuit, car des cadavres de kangourous bordent souvent la route le matin, les corbeaux et les aigles venant faire le nettoyage…
Le deuxième jour, nous avons passé un contrôle sanitaire à Eucla : interdiction de faire entrer des fruits, légumes ou miel en Australie Occidentale. Nous en avions heureusement tenu compte. Mais il faut attendre ensuite 1000 km pour trouver le premier magasin où l’on peut enfin satisfaire son envie de crudités.
Détail amusant, en 1979, la station américaine Skylab a laissé tomber des morceaux dans cette plaine. Il paraît que les australiens ont dressé un procès verbal aux américains pour avoir déposé des « déchets » dans cet endroit, en leur réclamant une amende de 400 dollars ! L’histoire ne dit pas si les Américains ont payé.
Nous avons rencontré 4 australiens de notre âge qui réalisaient leur rêve : suivre cette route, entre hommes, depuis Melbourne jusqu’à Perth, en bivouaquant le soir, à la belle étoile, devant un dîner au feu de bois ! Nous sommes bien convaincus que c’est la meilleure façon de s’imprégner du pays, mais nous n’en avons pas le courage, le confort de Caraventure nous semblant indispensable. Une légende raconte que certaines nuits, on peut apercevoir la silhouette d’une femme à la longue chevelure blonde s’enfuyant, nue, sous les phares des voitures. Est-ce une rescapée d’un naufrage, une touriste perdue ? Nul ne sait, mais certains affirment l’avoir vue et qui sait si nos quatre australiens n’espéraient pas secrètement la croiser…
La première ville rencontrée au bout des 1700 km s’appelle Norseman. C’était le nom d’un cheval, qui, attaché à un piquet la nuit dans cet endroit, dans les années 1880, avait mis à jour une pépite d’or en grattant le sol avec son sabot. De la ruée qui a suivi , il ne reste plus qu’une mine à ciel ouvert, toujours en activité, mais toutes les installations apparentes sont dans un état de rouille avancée. La ville dégage également un aspect souffreteux. Nous ne chercherons pas fortune ici.
Nous avons filé directement vers la côte, à Espérance, à la recherche d’autres richesses : des plages de rêve, toutes plus belles les unes que les autres. D’immenses étendues de sable blanc, des eaux cristallines et turquoise, de rares promeneurs, pas de construction.
Au syndicat d’initiative de la ville proche, nous avons eu affaire à une belge, installée ici depuis deux ans. « j’ai acheté une maison, je reste définitivement, c’est trop beau ici ». On la comprend. Ces plages sont protégées par des parcs nationaux.
A Lucky Bay, le sable mouillé crisse sous les pieds ! On les traîne rien que pour le plaisir. Nous avons passé deux jours à nous promener dans ces endroits paradisiaques et sauvages, kangourous et varans traversant le camping sans vergogne.
Mais nous avons aussi essayé d’imaginer les difficultés qu’ont dû
rencontrer les courageux navigateurs Français et Hollandais venus
dresser, aux 16e et 17e siècles, les cartes de ces côtes magnifiques
mais bordées de récifs et de courants dangereux. Venir accoster en
Nouvelle Hollande, comme ils l’appelaient à l’époque, a provoqué de
nombreux naufrages, à en juger par la carte des épaves. Il en est
resté, entre autres, les noms de l’archipel de la « Recherche », le
cap « Le Grand », et « Duke of Orleans Bay ».
Mais c’est finalement
encore une fois Cook, en 1770, qui plantera le drapeau de la couronne
britannique en Australie orientale. Sa Majesté actuelle figure
d’ailleurs toujours sur les pièces de monnaie qu’elle partage sans
complexe avec le kangourou, le hérisson, et l’oiseau lyre, autres
icônes nationales.
Nous sommes arrivés maintenant dans l’état d’Australie Occidentale et ceci pour plusieurs semaines. Nous en sommes très heureux car les bonnes surprises se succèdent. Nous avons tourné le dos à la mer, même les meilleurs moments ont une fin, pour aller faire un tour dans les Stirling Ranges toutes proches, des montagnes (pas plus de 1100 m) qui attirent les touristes par leur richesse florale avec jusqu’à 60 espèces endémiques.
Des orchidées en pagaille fleurissent au printemps. La saison des
pluies ayant été tardive au détriment des récoltes, nous pourrons
quand même satisfaire notre curiosité en plein été et admirer de
nombreuses espèces, en montant au sommet du Bluff Knoll. Nous
traverserons aussi ce parc de part en part, sur une route en terre de
42 km dont la tôle ondulée demandera à Caraventure pas moins de
5 heures d’efforts. Rouler au pas dans ces cas là est notre recette
pour éviter bruits et pannes, ce qui nous a réussi jusqu’à présent.
Pratiquement seuls, nous aurons tout le temps d’observer de somptueux
cacatoès noirs aux cris stridents (qui se prononcent « cacatouze
» en anglais), et une belle forêt d’eucalyptus.
A propos de forêt, que diriez-vous d’une promenade dans la canopée
d’eucalyptus multi centenaires ? Rien de plus facile. On s’en donne à
coeur joie, à Tree Top Walk dans la Vallée des Géants, en suivant la passerelle installée à 40 m de hauteur. On profite de ces karris d’environ
400 ans sous un angle original. Rectilignes, ils ont été utilisés pour
la construction et sont maintenant protégés dans le Parc de Shannon.
C’était un long week-end, celui de Labour Day, et nous sommes prudemment
restés dans un camping du parc, au calme de ces grands
arbres. Nous apprécions les campings des parcs, toujours parfaitement
situés, même s’ils ne présentent pas forcément beaucoup de
confort, pas d’Internet ni d’électricité par exemple. Chaussures de
marche aux pieds, nous nous sommes promenés, un oeil sur le sol
pour repérer d’éventuels serpents, l’autre en l’air (l’exercice n’est
pas facile) pour observer les oiseaux qui foisonnent en Australie.
Nous avons pu suivre un vol d’ibis noirs, une centaine, tournoyant
au dessus d’une mare, tandis que des émeus méfiants nous tournaient
ostensiblement le dos. Quelle merveille également que ces
perroquets multicolores qui sont aussi nombreux que les pies chez
nous. Les corbeaux nous amusent toujours car ils lancent des cris
qui diffèrent peu de notre « ha ! ha ! ha ! » et c’est facile de leur
lancer la réplique.
Chemin faisant, nous rencontrons souvent des jeunes français qui viennent passer un an ou deux en Australie grâce au visa « vacances- travail ». Un accord entre la France et l’Australie offre à ces jeunes une formidable opportunité de faire coïncider la visite du pays, la découverte du monde du travail et l’apprentissage de la langue. En fait, ils sont employés souvent à des tâches comme les vendanges, le ramassage des fruits et ne doivent pas rester plus de trois mois dans le même poste. Ils s’achètent souvent une voiture ou un petit fourgon d’occasion, à deux ou trois, et traversent ainsi l’Australie. Ils reconnaissent qu’ils ne sont pas toujours bien payés, mais leur enthousiasme nous a toujours paru sans faille, bien qu’ils subissent de plein fouet la crise économique latente depuis 5 mois environ. Nous sommes plein d’admiration pour leur débrouillardise et leur optimisme malgré les nombreux déboires dus à leur véhicule acheté à bas prix et tombant souvent en panne. Ce genre d’accord existe aussi avec d’autres pays d’Europe et on entend souvent parler toutes les langues.
Et c’est ainsi que nous sommes arrivés tout tranquillement à Perth (Peueurth !) longeant la côte en zigzagant, non pas pour avoir abusé des vins de la région, fort nombreux et excellents, mais pour tout visiter, plages, côtes, phares, forêts, sans oublier la rencontre avec les dauphins venus faire un petit tour au bord d’une plage dans la baie de Koombana à Bunbury.
Nous avons maintenant quitté le Pacifique
Sud pour faire connaissance avec les eaux transparentes et
bleues de l’océan Indien, un autre monde.
Les températures sont redevenues plus clémentes, avec même un
réveil avec 8° un matin, histoire de nous rappeler que nous avançons
lentement mais sûrement vers… l’automne puisque nous avons « la
tête à l’envers »… Mais le ciel bleu est toujours de rigueur et c’est
chaque jour un cadeau.
Nous savons que vous attendez tous l’arrivée, ô combien méritée, du printemps après un hiver aussi rigoureux, et nous vous le souhaitons très précoce et ensoleillé.
Alors, all the best, le meilleur pour tout le monde,
Bien amicalement,
Michel et Geneviève CASENAVE, en route vers le Nord.