Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.

Gooday ! (à la mode australienne, cela se prononce « goudaille »!)
Voici donc terminé notre troisième mois en Australie, à suivre toujours la côte sud depuis le Cap Otway jusqu’à Port Augusta (South Australia). Nous traînons, direz-vous. En effet, nous prenons notre temps. Une raison toute simple mais imparable a provoqué ce changement de rythme. Bref, nous sommes déçus, mais il faut bien admettre que rester en Australie n’est pas la pire des choses qui pouvait nous arriver. Bien qu’à l’origine ce fût un haut lieu de déportation des bagnards, nous n’avons pas trop l’impression d’y purger une longue peine.
Alors revenons à ce beau continent, au risque de devenir monotone pour les six newsletters à venir. Nous avons donc poursuivi plus lentement notre voyage en remontant dans les montagnes des Grampians, dans l’état de Victoria, à l’ouest de Melbourne. « Montagne » est un bien grand mot en Australie, car les sommets sont érodés et le point le plus haut, dans ce pays grand comme l’Europe, ne culmine qu’à 2230 mètres. A l’entrée des Grampians, le syndicat d’initiative nous distribue, comme d’habitude, des brochures en abondance et annonce fièrement que le Mont William est à 1128 m. Bigre, cela mérite le détour, d’autant que la famille belge, que nous avons rencontrée, nous a vanté les couchers de soleil depuis ce sommet. Pour nous, il sera grenat et magnifique en effet. Quelques randonnées dans ces lieux nous offrirons de beaux points de vue sur des formations rocheuses originales ou vertigineuses et des chutes d’eau. Alors que nous prenions le temps d’admirer des fleurs sauvages, un émeu est apparu au niveau du rétroviseur, cherchant à doubler Caraventure… Qui croyez vous qui l’emporta ? L’émeu bien entendu, puisqu’on a freiné pour le laisser gagner.
Passage ensuite à Mt Gambier, ville construite sur un volcan éteint autour d’un lac qui change de couleur avec les saisons en fonction des particules qui flottent dans ses eaux. Nous l’avons vu bleu saphir, plus bleu que bleu! BLEU enfin ! Les Australiens sont facilement dithyrambiques sur leurs paysages, « ils en font des caisses » nous ont commenté des jeunes français de rencontre, mais ici, ils ont raison, c’est beau. Nous avons fui les touristes de cette ville pour passer la nuit au pied d’un autre petit volcan voisin, sans eau celui-là, mais au cratère parfaitement préservé, fréquenté uniquement par un wallabie.
Après la montagne, retour à la mer, car en cette période estivale, une petite trempette est la bienvenue. Les Australiens se baignent souvent avec leur T-shirt sans que nous ne sachions pourquoi et les petites filles rentrent parfois dans l’eau en jupe. Mais tout cela semble parfaitement normal, tout comme le fait de venir sur la plage avec son chien et de se baigner en sa compagnie. Dans ces cas là, malgré notre amour des bêtes, nous sortons de l’eau, mais nous sommes les seuls. Décidément, on ne fera pas de nous des Australiens…
L’île Kangourou, au sud d’Adélaïde, dans l’état de South Australia, a été cartographiée en 1802 par un français, Nicolas Baudin, et de nombreux noms français sont restés : cap du Couedic (tiens !), Vivonne Bay, Cap Bedout, Baudin Beach. Cela méritait un détour. Nous y avons retrouvé le Pacifique qu’aucune terre n’a arrêté depuis Montévidéo, avec de belles grosses vagues qui explosent sur les rochers. Et des colonies de lions de mer que l’on ne se lasse pas d’observer d’autant qu’ils évoluaient dans un cadre magnifique de rochers et d’arches. Le centre d’information sur place disposait, fait exceptionnel, d’une notice en français alors que d’habitude seuls les allemands, les espagnols, les chinois et les japonais ont droit à une traduction. Il s’agit ici de lions de mer australiens à fourrure et nous tenons à leur rendre hommage : les mâles, qui pèsent jusqu’à 350 kg, peuvent plonger à 275 m sous l’eau et remontent respirer toutes les 7 minutes. Les dames sont plus minces, de 60 à 100 kg, ne plongent qu’à 80 m de profondeur et restent 4 à 5 minutes sous l’eau. Tous passent 3 jours en mer à plonger de 900 à 1200 fois pour se nourrir et reviennent se reposer ensuite 3 jours sur les plages. Nous nous moquerons moins d’eux dorénavant lorsque nous les verrons avachis sur le sable.
Sur l’île Kangourou, nous nous attendions à rencontrer des… kangourous. Nous avons eu du mal à en trouver un. Nous l’avons aperçu au bord d’une mare, en train de boire. Pendant vingt minutes, nous l’avons observé sans bouger ; il buvait sans un mouvement, comme s’il avait décidé de vider la mare. Et puis, soudain, le plein étant terminé, il a fait demi-tour pour repartir en sautillant, somme toute, légèrement. Moins sympathique fut la rencontre avec un « tiger snake », un serpent tigre noir. Sur les 15 espèces de serpents les plus dangereux au monde, 10 vivent en Australie. Et celui-ci en fait partie. Les proies étant rares, ils ont perfectionné leur venin pour en faire une arme fatale. Notre monstre traversait la route nonchalamment et a continué son chemin sans s’intéresser à nous. Nous ne lui en avons pas tenu rigueur.
Avec Caraventure, nous avons également rencontré une espèce plus classique, un habitant de l’île. Il avait posé son avion un peu plus loin à cause du vent et marchait le long de la route dans la tenue basique locale : short, chemisette et boots. Nous l’avons reconduit à sa ferme où il élève des bovins. Combien ? 300, 350 ? Il ne sait pas, il faudrait qu’il les compte. A l’entrée de la ferme, des machines rouillent dans le champ. Il explique qu’il est aussi propriétaire d’une entreprise de travaux publics. Mais il ne dispose plus d’assez de temps pour s’occuper de tout cela car il possède un restaurant de l’autre côté d’Adélaïde. Sa femme en est le chef et fait de la cuisine « slow food » en opposition à la « fast food ». De sa maison au désordre impressionnant, la vue est superbe. Il est fier de nous faire remarquer qu’il peut observer aussi bien le lever que le coucher du soleil. Nous nous quittons très vite, après un échange d’adresses, car quelques unes de ses vaches se promenant sur la route, il partait les rechercher.
Nous avons pris notre temps pour visiter cette île et il nous en a fallu car nous avons retrouvé les routes en terre rouge agrémentées de tôle ondulée. 20 km/heure dans ce cas est notre vitesse maximum. Nous avons repris les bonnes habitudes, comme celle de nous précipiter pour fermer les vitres quand nous croisons un autre véhicule à cause de la poussière, un avant goût de l’outback.
Après cette bonne bouffée de nature, nous étions prêts à affronter Adélaïde, (1,3 million hab.), capitale de l’Australie Méridionale. Nous en profitons pour rechercher un garage Mercedes pour la vidange de Caraventure. Le premier nous rejette parce que nous sommes trop lourds. La rengaine recommence. Le technicien qui nous reçoit, fort aimablement d’ailleurs, nous avoue que faire le tour du monde est son rêve. Nous lui conseillons alors suavement de partir de préférence avec un … Toyota. Le deuxième garage nous accepte mais nous demande une semaine d’attente. Il se trouve que cette semaine est annoncée caniculaire. Ici cela se traduira par 45° le jour et 35° la nuit. Nous décidons sagement de rejoindre le bord de mer, une plage de sable blanc aux eaux vertes, avec des perroquets gris et rose, en installant Caraventure à l’ombre d’un arbre. Nous dopons notre frigo poussif avec un sac de glace de 5 kg renouvelé tous les deux jours et attendons que ça se passe. Michel sort la canne à pêche. Baignade, pêche, lecture, lecture, pêche, baignade. Nous laissons notre cerveau flotter dans sa voûte crânienne, façon koala et cherchons à économiser notre énergie. 46°, c’est beaucoup, nous avons chaud jusqu’à la nausée. Une pauvre petite brise a essayé de nous ramener à la vie en nous soufflant un air brûlant à la figure. Même la mer d’huile n’avait plus la force de faire de vague. Les Australiens utilisant la climatisation à fond, des pannes de courant sont apparues dans le pays. Coup de chaleur inhabituel pour les gens et sujet de conversation abordé en premier par tout le monde. Nous avons vu des pies, immobiles dans un arbre, le bec ouvert, les ailes écartées pour profiter de la brise. Nous nous demandions comment cela allait finir. Par un vent violent. Caraventure a tenu bon, mais les campeurs ont vu leur tente s’envoler, même celles qu’ils attachaient à leur voiture s’aplatissaient. Certains ont plié bagage. Nous avions sorti notre petite tente pour réserver notre place à l’ombre lorsque nous partions faire des courses. Tout fiers, nous avons remarqué qu’elle résistait parfaitement. Par contre, elle n’a pas résisté aux voleurs (3 jeunes allemandes d’après les témoins) qui l’ont barbotée pendant notre absence. Oui, ce n’est pas grave. De même le vol de l’appareil photo de Michel, laissé étourdiment sur un banc dans le Queensland en novembre dernier. Nous sommes TELLEMENT heureux que notre matériel puisse profiter à d’autres…
Nous avons quitté notre retraite pour nous rendre directement dans le parc national des Flinders, évitant finalement Adélaïde à cause de la chaleur. Nous avons été récompensés de notre initiative car nous avons trouvé là un décor de rêve, celui de l’outback, le désert australien. Tout était réuni : les paysages vallonnés, ocre, les maigres buissons épars, les cours d’eau asséchés, le silence, les kangourous à l’ombre des rares acacias, les émeus et même les aigles.
Le camping isolé dans ce cadre impressionnant possédait heureusement une piscine dont nous avons abondamment profité. Au cours d’une nuit insupportablement chaude, nous avons entendu des kangourous sauter autour de Caraventure. Comme nous sortions, ils se sont rapprochés, à nous toucher, et nous leur avons ouvert le robinet d’eau de notre emplacement. C’était bien la raison de leur visite. Ils se sont rassasiés et sont repartis silencieusement dans la nuit. Nous avons eu droit ensuite à une incursion inattendue d’une chauve souris qui s’est dirigée directement dans la douche de notre véhicule, notre porte étant grande ouverte. Michel lui a fait la chasse et lui a rendu la liberté en douceur.
En traversant cette région, sur une route en terre, nous avons éclaté un pneu. Ce fut pour nous la première roue à changer sur place, ce n’est pas si mal au bout de tous ces kilomètres. Revenus à Port Augusta, ville au carrefour des chemins entre les axes Nord/Sud et Est/Ouest, bien équipée en garages de toutes sortes, nous avons pu en racheter deux autres et changer ainsi les pneus à l’arrière, la bonne référence étant disponible pour une fois. Nous avons trouvé des pneus de la marque américaine « Federal », dont nous ne sommes pas sûrs de la qualité mais au moins, nous pourrons les remplacer.
C’est ici aussi que nous avons récupéré, à la poste restante, une nouvelle lettre de nos 61 enfants de CM2 de Jules Ferry à Antony. Ils ont tenu à nous faire parvenir deux calendriers magnifiques qu’ils ont fabriqués eux même. C’est ainsi que nous avons appris que le mois de février n’aurait bien, cette année, que 28 jours ! On les remercie de tout coeur et on leur fait plein de gros bisous. Et pendant tout ce temps, nous entendons parler de l’hiver exceptionnel que vous traversez, des chutes de neiges incroyables, des tempêtes etc. Personne ne semble à l’abri d’une météo déchaînée. Nous espérons que tout va rentrer dans l’ordre pour tout le monde et vous souhaitons « bon vent » pour la suite.
Toutes nos amitiés, See ya !
Michel et Geneviève.