Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.

Notre deuxième mois en Australie a commencé par la visite de Sydney. Nous avons auparavant longé, sans nous y arrêter, la côte Est depuis Brisbane, la « Côte Dorée », région très urbanisée, à la mode, où les Australiens se précipitent en masse l’été pour s’adonner au surf et autres plaisirs nautiques dans lesquels ils sont excellents.
Nous sommes frappés d’ailleurs par la taille des hommes ici, tous très grands, baraqués et tatoués souvent. Geneviève conseille à Michel de ne pas les regarder de travers, mais en fait, ils n’ont vraiment pas l’air agressif dans leur T shirt XXXXXL.
A Sydney nous avons soigneusement évité le centre ville pour installer Caraventure dans le camping d’une banlieue lointaine, Emu Plain, à l’abri de toute fourrière. Nous avons pris des billets à la journée nous permettant d’utiliser le train, le bus et le ferry autant que bon nous semblait. Et nous ne nous sommes pas privés. Le premier jour, nous avons choisi le ferry pour arriver sous le célèbre pont du port de Sydney et admirer le non moins célèbre opéra depuis la baie.
Ensuite nous avons marché dans le vieux quartier « The Rocks », dans le « Darling Harbour », entièrement rénové et très branché, bien décoré pour Noël.
Nous avons pu écouter avec bonheur, pour la première fois, des aborigènes soufflant dans un didgeridoo, cet instrument de musique typique creusé dans un morceau d’eucalyptus.
Les jours suivants, nous avons fait une randonnée dans la baie de Manly, une jolie baie accessible en ferry également, et sommes allés voir les surfeurs sur la plage à la mode de Bondi.
Sydney est une grande ville (1,5 million d’habitants) d’où il est facile de s’évader vers la mer. Mais aussi, à une heure du centre, on peut rejoindre les Blue Mountains, sorte de « Grand Canyon » du Colorado, mais en plus petit et plus boisé, dont la partie la plus photographiée est constituée par trois éperons rocheux appelés « les trois soeurs ».
On passe aussi au pied d’une immense chute d’eau balayée ce jour là par un vent violent, magnifique sous le soleil. Ceux qui ont construit les sentiers de randonnée se sont appliqués à nous faire descendre des escaliers d’un côté pour nous en faire remonter de l’autre et ainsi de suite pendant des heures… Des pervers sans aucun doute !
Au Sud de Sydney, la côte est enfin plus sauvage et nous avons pu profiter de belles vues sur des rochers en forme de « cathédrale » ou des colonnes de basalte balayées par les vagues, des phares, des plages de sable orange et presque vides. Nous avons fait connaissance avec nos premiers pélicans australiens et avons pu observer un « wombat », mammifère qui ressemble à un petit ourson, mais bien inoffensif et qui se nourrit d’herbe.
Ceci nous a amené pour Noël à Canberra (320 000 ha).
Cette capitale a été construite de toute pièce à partir de 1913 et cela se sent. Les avenues sont très larges, séparées par des terre-pleins boisés. C’est sans doute la seule capitale au monde où il est facile de circuler. Tout est grand, même le drapeau qui flotte au dessus du Parlement (il a deux fois la taille d’un bus à impérial).
Nous avons donc élu domicile sur un grand parking près de la grande bibliothèque nationale d’Australie (6 millions de livres). Situé au bord du grand lac de la ville, nous avions une vue splendide sur Canberra et sur le grand jet d’eau de 147 m qui projette en l’air 6 tonnes d’eau. Enfin, il faisait frais. La ville nous a plu.
Nous avons réveillonné tous seuls, dans Caraventure décoré, avec bougies et chants de Noël, sur ce parking vidé de toute voiture. Pour débuter la soirée façon locale, nous nous étions exercés au lancer de boomerang, notre cadeau de Noël, sur les grandes pelouses de l’ancien Parlement. Dans ce domaine, il est recommandé de commencer prudemment sans personne autour. Le nôtre était vendu avec la « garantie de revenir », mais, malgré tout, au début nous faisions plutôt du « planté » de boomerang que du « retour » de boomerang.
Après la visite du musée et du Parlement, nous avons repris notre route, dans une campagne plate, écrasée sous le soleil, traversant parfois des forêts d’eucalyptus, avec panneaux « attention koalas » sans en voir aucun !
Nous avons fait une halte un soir au bord de la Murray River, le fleuve le plus important d’Australie. Les locaux vont y pêcher sur de petites embarcations ou même s’y baigner malgré l’odeur de vase et les vaches sur l’autre rive…
Il faut dire que les Australiens sont des coriaces : nous avons pu en observer un qui nageait dans une retenue de torrent. Dans un crawl impeccable, il traversait le plan d’eau dont la surface était recouverte de mouches. Les mouches sont en effet la plaie de l’Australie, comme les moustiques peuvent l’être en Alaska, mais jusqu’à présent, nous avons fait face sans avoir à mettre notre filet de tête. Il faut dire que Michel s’est acheté une tapette à mouche qu’il a volontairement choisie de couleur rouge prétendant que « ça allait saigner ».
Après Canberra, nous sommes arrivés à Melbourne (3,3 millions d’habitants).
Impossible d’échapper aux villes sur la côte Est. Sur un territoire grand comme 14 fois la France, l’Australie compte seulement 20 millions d’habitants et nous avons déjà dû en croiser 19 !
A Melbourne, il n’y a pas grand-chose à voir si on en juge par notre guide Lonely Planet : « Prendre un café au lait dans Brunswick Street, visiter le musée de Melbourne, déjeuner d’un bol de nouilles à Chinatown, ensuite promenade, shopping, aller au cinéma et finir par un bar le soir… ».
Et pourtant Melbourne, dont l’intense activité culturelle touche tous les domaines, du plus classique comme la peinture, au plus tendance comme la mode, mérite une plus grande attention. Nous avons sillonné le centre ville à notre façon, à plusieurs reprises, le plus inattendu pour nous étant la bibliothèque de Victoria, présentant, en plus d’expositions temporaires, des salles de travail somptueuses sous une immense coupole. Pourquoi devant ce lieu d’étude trouve-t-on la statue équestre de Jeanne d’Arc ? Mystère. Pour finir, malgré notre répulsion pour les zoos et les animaux privés de liberté, nous sommes quand même allés voir celui de Melbourne pour rencontrer le fameux « platipus », l’ornithorynque au bec de canard qui pond des oeufs et allaite ensuite ses petits. Il est difficile à rencontrer dans la nature car il vit au bord des rivières et ne sort qu’à la nuit tombée pour chercher sa nourriture au fond de l’eau. Installé dans une sorte d’aquarium, nous avons pu l’observer nageant sous l’eau et jouant avec une feuille. Il ressemble en fait à un petit castor, le bec mis à part.
Pour le reste, nous avons apprécié les détails insolites de la ville, comme les trolleys bariolés, les immeubles anciens adossés aux tours modernes ; nous sommes entrés dans des banques pour admirer les décors du début du siècle, nous avons fait la queue (pour la photo) chez Chanel à l’occasion des soldes de fin d’année, des grimaces en réponse à celles de statues au détour des rues, et serré la main d’anciens ministres… en bronze dans le parc de la Trésorerie, facéties pardonnables en cette fin d’année.
Melbourne, c’est aussi le point de départ du ferry pour la Tasmanie. 10 heures de mer pour rejoindre cette île qui s’ouvre de plus en plus aux touristes, alors qu’autrefois on y envoyait les bagnards anglais. Même dans nos rêves les plus fous, nous n’avions jamais osé imaginer y venir un jour. C’est maintenant chose faite !
Il faut passer le 40° et nous nous attendions à un peu de roulis et de tangage. A peine. Nous n’avons pas été malades, ce ne fut malheureusement pas le cas de tout le monde…
Nous avions imaginé une île sauvage, balayée par des vents et la pluie, couverte d’une végétation luxuriante. Nous avons découvert un monde très civilisé, des villes importantes (Devenport, Launceston, Hobart) des voies de communication faciles, des sentiers de randonnées aménagés partout pour permettre de découvrir des paysages très vallonnés (Cradle Mountains), des lacs, des cours d’eau, des cascades, des lagunes colonisées par des cygnes noirs, mais aussi des plages de sable blanc (la célèbre Wineglass bay à Freycinet), des eaux turquoises ou des côtes découpées.
L’agriculture est prédominante car la terre est fertile, avec l’élevage de vaches et de moutons. On y faisait les foins. L’île produit des camemberts que nous avons appréciés. Les fruits se plaisent ici aussi, cerises, framboises, pêches, pommes…
Nous avons remarqué également de nombreux champs de pavot… cultivés à des fins pharmaceutiques. Les habitants ont préservé les sites historiques où les bagnards ont séjourné principalement à Port Arthur, mais aussi de ravissantes maisons de style géorgien avec un petit jardinet, surtout à Hobart. Que trouve-t-on comme fleurs dans cette île du bout du monde ? hortensias, rosiers, géraniums, fuchsias et même roses trémières !
La place d’honneur revient à Abel Tasman, le premier européen à avoir découvert ces lieux qui portent son nom. Il a droit à une belle statue dans le centre de Hobart. Il a aussi donné son nom à la mer qui entoure l’île, au Tasman National Park, à la Tasman Arch, au Tasman trail… etc.
Il a du assister à un phénomène qui se produit depuis des millions d’années : la migration des pétrels : nous nous étions installés un soir au bord d’une plage pour y passer la nuit et nous avons vu arriver un ranger accompagné de touristes. Il venait faire un exposé sur ces oiseaux qui viennent pondre sur les dunes de Tasmanie, et en particulier celle où nous étions garés. Nous avons bénéficié des informations fortes intéressantes sur ces oiseaux qui font l’aller retour depuis l’Alaska pour pondre et se nourrir du krill lâché par la fonte des glaces de l’Antarctique. Et nous avons pu observer ces oiseaux qui ne rentrent au nid qu’après le coucher de soleil, tous ensemble.
Nous avons croisé aussi sur notre chemin de jolis hérissons au long nez et des wallabies. Quant au « diable de Tasmanie », pas de trace sur notre route. Il serait en voie de disparition et on le protège dans des centres appropriés.
Nous n’avons pas chômé pour faire le tour de cette île, ce qui a occupé complètement les 10 jours que nous y avons consacrés, mais nous aurions pu y rester plus longtemps.
De retour sur le continent, nous nous sommes dirigés à l’ouest, toujours à l’ouest, suivant la Great Ocean Road qui nous a fait découvrir des côtes découpées, ocre, de toute beauté, avec notamment les 12 Apôtres, ces amas rocheux isolés dans l’océan à la suite de l’érosion de la falaise. C’est ici que nous avons étrenné notre filet à mouches, faisant ainsi sourire les touristes, qui étaient obligés, eux, d’agiter les mains constamment pour les chasser de leur visage. Autre bonne surprise également, nous avons passé la nuit dans un camping installé dans une forêt d’eucalyptus.
Nous venions y chercher des koalas et nous avons été comblés. L’arbre au pied duquel nous étions garés était occupé par un vénérable mâle qui a grogné plusieurs fois au cours de la nuit car on voulait lui prendre sa place. Cela s’est terminé le matin par une bagarre façon koala : 15 secondes de « pousse-toi-de là que je m’y mette » et une heure de récupération. En effet, le koala dépense toute son énergie pour digérer les feuilles d’eucalyptus, se déplace au ralenti et dort 20 h sur 24. D’après les biologistes, il aurait sacrifié le développement de son cerveau qui, fait rarissime, ne remplit pas toute la boîte crânienne, au profit principalement de sa digestion. Ce sont par contre des animaux faciles à photographier du fait qu’ils ne bougent pas. Nous avons eu la chance de voir une mère et son petit et une trentaine de koalas en liberté.
Toujours dans ce camping, nous avons rencontré des belges, Sophie et Damien, qui font un tour du monde avec leurs enfants, Yann et Pauline en camping-car. Nous étions en contact Internet avec eux, les sachant en Australie sur la côte sud. Nous avions failli les croiser en Argentine à Ushuaia, mais cette fois ci nous nous sommes retrouvés, par hasard, au milieu des koalas. Dans ces cas là, on sort les chaises, et on discute de nos expériences sans arriver à épuiser tous les sujets de conversation, mais heureux de ce moment privilégié.
C’est ici que nous allons terminer cette fois-ci notre récit australien pour un autre récit toujours australien le mois prochain. Les nouvelles de Caraventure sont excellentes et nous apprécions vraiment sa fidélité.
Nous vous souhaitons bon courage pour ce mois de janvier, au creux de l’hiver, qui, nous l’espérons a été adouci par la galette des rois dont nous avons été privés une nouvelle fois. On ne peut pas tout avoir, mais nous avons une pensée pour ceux qui vont bénéficier de celle d’Yves…