Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.

A Puerto Piramides nous chargeons Gary et Sébastien, 2 jeunes
stoppeurs français.
La péninsule Valdés est très vaste, occupée par de nombreuses estancias. Nous parcourons plusieurs centaines de kilomètres. Le dernier soir, sur la péninsule Valdés, la forme des nuages nous impressionne et nous inquiète, mais pas nos stoppeurs, campeurs débutants, qui montent leur tente dans un creux à l’abri du vent. L’orage qui suit les transforme en hommes-grenouilles.
Dans « Le petit Prince » de Saint-Exupéry, l’île aux Oiseaux représente
le boa qui a avalé un éléphant (et que certains prennent pour
un chapeau).
L’avion de Saint-Ex n’est plus là. Il s’agissait d’une réplique, partie
en restauration.
Il aimait voler dans la région.
Nous quittons la péninsule Valdés pour Puerto Madryn, ville importante et port, et nous nous installons au camping.
Quelques mots sur Puerto Madryn :
Refusant la domination des Anglais, voulant conserver leur langue,
quelques nationalistes gallois sont arrivés en Argentine à la fin du
XIXe siècle. Le gouvernement argentin leur a donné des terres dans la vallée du Chubut, en Patagonie, pour que les Chiliens et les Anglais
ne s’y installent pas.
La colonisation dans la région de Puerto Madryn s’est faite sans
violence, nous dit-on. On peut voir le monument à l’Indien et celui
de la femme galloise, les deux peuples ont cohabité pacifiquement.
En 1865, 153 Gallois arrivèrent dans ce qui ne ressemblait en rien à
leur pays verdoyant. Ils n’étaient pas cultivateurs.
Les débuts furent
difficiles, mais grâce à l’aide des Indiens tehuelches ils parvinrent à
s’adapter, à irriguer et favorisèrent l’arrivée de nouveaux immigrants
gallois. Ils fondèrent les villes de Rawson, Trelew, Puerto Madryn,
Gaiman et Dolavon.
Les statues de l’Indien Tehuelche et de la femme galloise leur rendent
hommage à Puerto Madryn, où certains tentent de débaptiser
l’avenue Julio A. Roca (le général de la Conquête du Désert, grand
exterminateur d’Indiens mapuches à la fin du XIXe siècle), pour la
renommer « avenue des Peuples originaires ».
Nos amis Landistes nous ont annoncé une surprise. Nous rejoignons
6 autres Land Rover du club et 2 motos. Après un bout de
piste poussiéreuse, nous longeons le bord de mer sur une dizaine
de kilomètres pendant que la marée descend.
Nous devrons impérativement
rentrer avant la marée haute, qui recouvre tout, car il n’y
a pas d’échappatoire possible, la falaise nous en empêche.
Des guanacos appartenant à une hacienda viennent jusque sur la
plage quémander un quignon de pain.
Nous atteignons une superbe plage. Il n’y a que nous, évidemment.
Les Land sont disposés en carré et des toiles tendues nous tiennent
à l’ombre.
Un feu est allumé et un mouton et diverses viandes commencent
à cuire. Salades et fruits, bière ou vin, champagne argentin
pour finir, tout nous est offert. Toujours impossible de participer (voir
page 14 du précédent bulletin).
On cherche à nous consoler en espérant
que notre problème connaîtra une issue heureuse.
Ici on écartèle le mouton pour le cuire verticalement et les flammes
lèchent la viande sans la brûler.
Rogelio aux fourneaux, avec le T-shirt du groupe d’aéromodélistes
de notre fils. Ces Jivaros ne sont pas de redoutables réducteurs de
têtes, mais d’affreux réducteurs d’avions.
Miguel nous montre comment faire un sandwich argentin : prendre
30 g de pain et au moins 500 g de viande.
Retour en fin d’après-midi, avant la marée.
Nous allons saluer Rogelio et Dolly, Jorge et Gloria, qui nous ont si
généreusement aidés et soutenus, puis nous quittons la ville dans
l’après-midi.
Le soir, après 440 km, nous sommes au bord de l’Atlantique et admirons
le coucher de soleil.
Nous longeons l’océan et à Caleta Olivia nous retrouvons la statue
de 10 m de l’ouvrier du pétrole.
En bord de mer les shadocks pompent, pompent le pétrole…
140 km nous séparent du village suivant, Fitz Roy, qui dispose d’une
station-service.
C’est la seule chose remarquable avec le vent terrible
et la pluie qui toute la nuit nous tiendront éveillés. Le Land est
très chahuté, même garé face au vent. Sous sa pression, la pluie
passe tout autour des fenêtres !
Remarquez l’inclinaison de l’arbre lorsqu’il dépasse la hauteur des maisons. Bien sûr, pas de sapins dans la région, aussi celui en tubes soudés résiste bien au vent.
Un panneau au bord de la route rappelle qu’ici eurent lieu des grèves des ouvriers agricoles des haciendas dont les gros propriétaires refusaient tout progrès social. La répression, avec l’aide de l’armée fut d’une extrême brutalité.
Le panneau dit :
UNE HISTOIRE QUI NE S’OUBLIE PAS
En 1920 eut lieu une grève dans tout le territoire de la province de
Santa Cruz qui culmina en 1921, avec l’exécution de plus de 1 000
travailleurs ruraux qui seront fusillés. Parmi eux un des leaders de
la zone nord, José Font, plus connu sous le nom de Facon Grande,
près de la gare des trains de Jaramillo.
Des années plus tard, ici même, on tourna un film argentin : « La
Patagonie rebelle », d’après l’oeuvre d’Osvaldo Bayer.
Aujourd’hui les habitants de Jaramillo rendent un hommage permanent
à cet homme qui a défendu jusqu’à la mort le droit des travailleurs.
Encore 140 km sans voir une seule maison pour arriver à Tres Cerros, qui est seulement une station-service.
La Patagonie est très peu peuplée.
Partout en Argentine des panneaux rappellent que les Malouines
sont argentines, bien qu’occupées par les Anglais. La guerre de reconquête
perdue, des monuments à la gloire des soldats argentins
tombés sont nombreux.
Nous quittons l’Argentine et passons la douane sans aucune difficulté.
Peut-être aurions-nous pu passer sans problème avec notre
date de sortie dépassée si nous n’avions pas eu l’honnêteté de nous
présenter spontanément à la douane de Puerto Madryn.
Nous franchissons le détroit de Magellan à Punta Delgada, dans sa partie la plus étroite. 20 mn de traversée avec de belles vagues et un vent !
En Terre de Feu nous prenons une piste peu fréquentée. Quelques
lagunes avec des flamants roses.
Rio Grande est la capitale de la truite.
Alors que je contourne le Land le vent m’arrache mes lunettes, qui traversent la route et dégringolent dans l’herbe du talus. Il nous faudra un moment pour les retrouver…
On voit souvent des arbres morts jonchant le sol, vestiges des forêts qui existaient jusqu’à ce que les colons y mettent le feu autour de 1930 pour créer des pâturages, provoquant un désastre écologique.
Montée vers le col Garibaldi (402 m), l’un des rares cols qui ne sont pas frontière entre Argentine et Chili.
Nous sommes descendus directement depuis Puerto Madryn jusqu’à
Ushuaia : 2130 km en 5 jours, sans rien visiter. Nous avons hâte de
retrouver nos amis français. Depuis plus d’un an, nous échangeons
des mails collectifs. Nous connaissions déjà la moitié d’entre eux.
Nous sommes attendus. Leur accueil est touchant de spontanéité
délirante…
40 Français dont 14 enfants. Jean-Paul fera un père Noël remarquable et très convaincant.
(Note de la rédaction : les équipages Bonjean et Cie de CCRSM étaient là aussi !)
Jacques et Marie-Paule Berlivet
A suivre...
Et pour en savoir plus :