Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.
En ce matin brumeux de l’an de grâce 2007, nous pénétrons sur la grande place où se tient la très célèbre Oktoberfest.
C’est la traditionnelle fête de la bière à Munich dont l’origine remonte à 1 810. Ces festivités perpétuent le souvenir des fêtes grandioses données en l’honneur des fiançailles du prince héritier Louis et de la princesse Thérèse. « Le pré Thérèse » est déjà noir de monde.
Les visiteurs se pressent devant les pavillons de toile, les manèges
et les tavernes érigées par les grandes brasseries.
Certains curieux vident déjà d’énormes chopes où mousse une bière
d’un joli blond vert pâle.
A 11 heures, commence le défilé.
Un cavalier chevauchant un fier cheval noir ouvre le cortège suivi
par les officiels accompagnés de plusieurs fanfares.
Suivent calèches et charrettes tirées par de magnifiques chevaux
richement harnachés.
Comment décrire ces bêtes imposantes ?
Les chevaux de trait, d’un beau brun rouge luisant avancent majestueusement.
Les lourds percherons à robe claire ou gris pommelé
bien lustrée sont particulièrement impressionnants.
Leur queue semblable à une longue chevelure blonde et bouclée
descend jusqu’à terre, les longs poils clairs de leurs grosses pattes
frémissent dans le vent. Avec une force paisible et majestueuse, ils
tirent les charrettes parées de feuillages et de fleurs.
Dahlias, glaïeuls, roses et tournesols artistiquement mêlés s’enroulent
autour des montants des charrettes et des tonnelets de bière.
Hommes, femmes et enfants juchés sur les charrettes, vêtus des
costumes traditionnels, sourient en lançant fleurs et bonbons pour
la plus grande joie des curieux et des gourmands.
Les jeunes filles sont vraiment gracieuses : leurs cheveux de soie blonde croulent sur leurs épaules quand ils ne sont pas retenus par
de lourdes nattes. Un court chemisier de dentelle blanche volantée
découvre avec élégance leur gorge et leurs épaules, un caraco plus
sombre met en valeur leur taille fine et leur poitrine ronde, leur jupe
fleurie danse à chaque pas.
Leur sourire réchauffe tous les coeurs. Hommes et jeunes gens
sont vêtus de culottes et de gilets de peau beige surpiqués. D’épaisses
chaussettes de laine moulent leurs mollets musclés, ils portent
de curieuses coiffes de laine. Grands et robustes, ils dégagent une
impression de force tranquille, un peu lourde.
A midi pile, éclate une joyeuse salve.
Le maire de Munich inaugure la fête de la bière avec « la mise en
perce. » Le défilé terminé, nous entrons sous un grand chapiteau,
espérant trouver une place pour commander notre repas.
En vain ! Un cochon entier grille, embroché au-dessus d’un grand
feu de bois.
Bien serrés sur des bancs de bois, des centaines de
dîneurs sont attablés devant des tables étroites couvertes d’énormes
chopes encore pleines. Une jeune fille vêtue d’un caraco noir
brodé et d’une jupe fleurie propose les bretzels et les sandwiches
appétissants débordant d’une grande corbeille en osier.
Toutes les places sont occupées !
« Mouvez, mouvez ! » Nous n’avons pas le droit de nous arrêter
pour admirer les décors naïfs des chapiteaux.
Serveurs et serveuses, costumés, se fraient péniblement un passage
entre les badauds affamés.
Certains portent jusqu’à 13 épaisses chopes de verre taillé contenant
un litre de bière pâle frangée d’une couronne d’écume blanche.
« 2 Kg 5 par chope pleine » nous dit-on !
Même spectacle dans les tavernes avoisinantes ! Dehors, toutes
les tables sont occupées !
Sous le gai soleil qui se dégage enfin des brumes matinales, nous prenons un énorme bain de foule et...de bière !
Les promeneurs se régalent de bretzels ou de sandwiches arrosés
d’un grand verre de bière, (500 centilitres seulement !)
Nous en profitons pour admirer les éventaires : ici, on vend des pains d’épices en forme de coeur ornés de motifs naïfs que l’on peut attacher autour du cou par un ruban, là, ce sont des sandwiches bourrés de roll mops ou de viandes appétissantes bien tentants pour nos estomacs insatisfaits.
Là, encore, ce sont des chopes décoratives, des T. Shirts imprimés
qui prouveront au monde entier que nous avons assisté à l’Oktoberfest.
Plus loin, jeunes et moins jeunes se donnent des émotions
fortes sur les nombreux manèges toujours pleins.
Trois heures plus tard...
Une gentille serveuse nous propose le menu en souriant. Enfin attablés
devant un demi-poulet rôti, bien doré, posé sur un lit de frites
croustillantes, deux énormes chopes de bière et deux modestes
verres d’eau pétillante, nous goûtons le plaisir tant attendu de nous
restaurer et de nous reposer. Du haut d’une estrade haut perchée, un animateur joue de plusieurs instruments, tout en chantant avec
entrain les chansons traditionnelles.
Souvent revient cette courte phrase : « Ein prosit, ein prosit !»
Tous les dîneurs lèvent et choquent leurs chopes avant de boire une bonne lampée de ce frais breuvage pâle, un peu amer. Et là, je comprends le sens de la convivialité et de l’hospitalité de ce peuple allemand avec qui nous avons eu tant de différends.
Jacques tend sa carte bancaire à un homme qui vient de la laisser tomber par mégarde. Tout content, avec force signes d’amitié, il nous fait apporter deux grosses chopes de bière... Un vieux monsieur, affalé sur son banc me fait signe de boire puisque je viens de trinquer...
Un jeune homme aux yeux bleus tout ronds, éclairant un visage
rose tout rond lui aussi, couronné de cheveux blonds et raides (type
parfait de la race aryenne) très sympathique au demeurant, m’explique
en anglais (langue presque universelle) que « Ein prosit »
signifie Santé, prospérité ou à la vôtre...
Après avoir terminé (enfin, presque,) le contenu des énormes bocks et adressé des signes amicaux à nos amis d’une heure, nous replongeons dans le bain de foule et de bière ! Les grandes tavernes sont embuées d’une chaude vapeur mêlée à la fumée des cigarettes. Les fouets claquent adroitement au-dessus de la tête des buveurs debout sur les tables, leur chope presque vide à la main.
« Ein prosit...Ein prosit... »
Nous étions 2 équipages des camping-cars sur les routes de la soie
et du monde. Pendant que nous nous participions aux festivités les
véhicules étaient garés en toute sécurité dans l’un des deux immenses
parkings réservés aux camping-cars durant l’Oktoberfest.
Christiane Dumas