Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous tenons à dire, à nos nouveaux
petits amis de CM2 de l’école Jules Ferry d’Antony, tout le
plaisir que nous avons à les emmener avec nous dans Caraventure
pour cette deuxième année de notre voyage. Nous remercions du
fond du coeur leurs enseignants dont le dynamisme à toute épreuve
et la chaleureuse amitié rendent ce parrainage possible et fructueux.
Nous ne les connaissons pas encore, ces nouveaux, mais nous espérons
bien recevoir une photo de la classe prochainement pour
découvrir toutes ces petites frimousses. Nous n’oublions pas, bien
évidemment, ceux qui sont maintenant des grands, en 6e, au collège
Descartes de la ville, et qui vont encore pouvoir nous suivre grâce
aux bons soins d’un de leurs professeurs. Bonne rentrée à tous !
Après avoir goûté aux plaisirs du grand nord canadien, nous étions fin prêts pour ceux de l’Alaska : nature sauvage avec montagnes majestueuses, nombreux glaciers, fjords et mammifères marins, ours, orignaux et caribous en pagaille, et aussi paradis des pêcheurs de saumons, truites et autres halibuts.
A peine la frontière franchie, les montagnes nous impressionnent. Elles sont hautes, massives avec des traces de neige. Nous suivons la route en terre « Top of the world » qui a mauvaise réputation, mais Caraventure dévale les pentes sans peine car le soleil les a rendues tout à fait praticables malgré quelques trous. Nous faisons notre première halte à Chiken (21 hab).

Le hameau doit son nom original aux chercheurs d’or : faute de lui donner celui de « Ptarmigan », genre de perdrix que l’on trouvait partout à l’époque, car ils n’en connaissaient pas l’orthographe, ils l’ont appelé tout simplement « Poulet ». Tous les américains qui visitent l’Alaska passent par « Poulet » rien que pour le nom.
Nous y avons rencontré des français en vacances, installés au Canada depuis dix ans avec 4 enfants et très heureux de leur choix. Ils habitent en Alberta, province qui traverse actuellement une période de surchauffe de l’emploi. L’embauche se fait tellement facilement que l’on prétend qu’il suffit de prendre le pouls du candidat pour déclarer : « Vous êtes vivant ? Alors on vous garde ! ». Pour ceux qui seraient intéressés, il suffit d’aller sur le site de la ville d’Edmonton ou Calgari et de regarder les offres d’emplois publiées dans la presse locale. Les projets sont tellement nombreux qu’on est obligé d’en abandonner une partie faute de main d’oeuvre. Par ailleurs, les soins médicaux vont être gratuits à partir de janvier 2009. Qu’on se le dise et refermons cette parenthèse canadienne.
Nous nous rendons directement ensuite à Valdez (4300 hab) au bord du Prince William Sound. La ville est célèbre pour des raisons diverses.
Elle a été un port d’entrée pour la ruée vers l’or du Klondike en 1898. Puis en 1964, un tremblement de terre de magnitude 9,2 sur l’échelle de Richter l’a démolie entièrement. C’est aussi le terminus du grand pipe-line qui traverse tout l’Alaska, où les supertankers viennent s’approvisionner. En 1989, l’un d’eux, l’Exxon Valdez, a provoqué une marée noire catastrophique tuant tous les lions de mer, otaries, loutres et les oiseaux de la région. Mais elle est aussi surnommée la « petite suisse » grâce à un cadre de montagnes et de glaciers. Il a plu tout le temps de notre séjour. Nous ne verrons donc pas les paysages et renoncerons même à faire le tour traditionnel en bateau pour admirer les fjords.
La pluie nous chasse donc. Avec les 12° de moyenne dans la journée
et des températures négatives la nuit, nous avons sorti l’équipement
maximum dans Caraventure et nous sommes bien. De plus
cette fraîcheur a écarté la horde habituelle de moustiques et c’est
tant mieux. Par contre les températures hivernales de -50° nous
laissent songeurs malgré les témoignages des locaux. Au cours
d’un reportage, une dame, une énoooorme toque de fourrure sur la
tête, expliquait qu’elle aimait le silence de l’hiver. « Il fait certes -50°
mais, c’est un froid sec ». « Mais où peut-on trouver de l’humidité
par -50 » nous faisaient remarquer des américains sceptiques…
Et pendant ce temps, depuis notre dernière lettre, indifférents à ces discussions, les saumons remontaient toujours aurait dit Robert Lamoureux. Nous observons avec plaisir ceux qui deviennent rouges pendant le retour, les « sockeye ».
Ils ont une belle taille et sont encore en forme lorsque nous les regardons. Mais partout ailleurs, les pêcheurs sont de sortie. Alignés à 10 mètres les uns des autres, ils jettent leur cuillère sur les pauvres poissons souvent en fin de vie. Ceux-ci ne s’alimentant plus, on les attrape par les dorsales, la queue, n’importe !
Certains pêcheurs les rejettent aussitôt et ils n’ont plus qu’à aller se faire prendre par les pêcheurs suivants… D’autres les gardent malgré leur piteux aspect : ils ont blanchi et sont parfois blessés. Les mouettes, les corbeaux, les aigles se nourrissent de ceux qui sont morts et jonchent les bords des ruisseaux.
Nous avons pitié de ces saumons dont on rappelle partout qu’ils sont si importants dans la chaîne alimentaire. Quelle consolation pour eux ! Même les belugas, ces belles baleines blanches des mers arctiques, que nous observerons dans le Turnagain Arm au sud d’Anchorage, en font leur menu quotidien…

Chemin faisant nous traversons la ville de North Pole, traduisez
«Pôle Nord». Qui peut bien habiter au Pôle Nord ? Le Père Noël
bien sûr ! Sa maison est là et il est déjà au travail, recevant les petits
enfants médusés au milieu des décors de Noël et des cadeaux. Ses
caribous sont encore au repos, à la suite de la rude tournée de l’an
passé. Il s’agit en fait tout simplement d’un magasin sans grand
intérêt.
Et nous atteignons Fairbanks au coeur du pays. Avec ses 30 000 habitants, c’est une grosse ville pour l’Alaska. Nous nous installons sur le parking du magasin Wal Mart où nous faisons connaissance d’autres voyageurs. Nous regagnons tous, en fin de journée, le même emplacement que nous avions choisi la veille et cela crée des liens ! Une américaine à la retraite voyage seule dans son 4X4 depuis le Colorado. C’est fréquent. La doyenne que nous ayons rencontrée, à Sequoia Park, avait 84 ans, toute pomponnée, bon pied, bon oeil, au volant de son fourgon Dodge. Pensez-y, mesdames !
Sur ce parking nous observons avec amusement les capots des voitures. Ils laissent tous passer un fil électrique avec une prise. En effet, l’hiver il faut réchauffer les moteurs pour pouvoir démarrer et il suffit de les connecter aux bornes électriques jaunes disposées à cet effet devant les emplacements de stationnement. L’été doit être bien court, car ils ne prennent pas le temps d’enlever ce système.

Cette année il a d’ailleurs été particulièrement peu ensoleillé. Cela a provoqué une faible production de baies et en particulier de myrtilles.


On annonce déjà que les ours qui s’en nourrissent seront victimes d’une déficience alimentaire qui entraînera une baisse des naissances l’année prochaine. La politique des parcs nationaux consiste à laisser faire cette régulation naturelle telle qu’elle existe depuis des milliers d’années.
Nous visitons le musée de Fairbanks, situé dans l’immense campus
de l’université d’Alaska. Il abrite aussi le centre national d’étude des
aurores boréales, visibles ici 200 nuits par an. Mais nous sommes
trop tôt dans la saison : il faut attendre septembre pour avoir des
nuits noires et sans nuage. Par contre, nous avons tout loisir d’observer
des oiseaux migrateurs, grues, oies, canards qui viennent ici
sur un plan d’eau.
Nous faisons des provisions avant de quitter le monde civilisé pour rejoindre la « wilderness » du Denali Park, cette nature sauvage qui nous enchante. Centré autour du Mt McKinley (6913 m), le sommet le plus haut d’Amérique du Nord, ce parc a pour but de préserver la nature subarctique du lieu. C’est pourquoi les voitures n’y ont pas accès, seules des navettes sont prévues. Grâce à une météo cette fois favorable, le Mt McKinley se dégage.

Par une pirouette invraisemblable, il est présenté comme étant plus haut que l’Everest, si l’on mesure uniquement le cône supérieur, l’Everest s’élevant moins au dessus du plateau tibétain ! Nous n’entrerons pas dans cette discussion byzantine et nous avons tout simplement admiré la majesté de ce sommet d’un blanc étincelant ainsi que la beauté des autres montagnes, des vallées de toundra, des larges rivières se frayant un chemin entre les cailloux rejetés par les glaciers.


Grâce à notre séjour dans ce parc, nous avons enfin complété notre « tableau de chasse » : orignaux, caribous (petits, grands, avec ou sans bois), grizzlis et oursons, aigles, renards, marmottes et loutres.





Voir un lynx est très rare. Nous en avons croisé un qui passait à 4
mètres de nous sur le sentier que nous venions d’emprunter, à deux
pas du camping. Nous nous sommes regardés dans les yeux (oeil
de lynx…) et il a continué, tranquille. La veille, avec Caraventure,
nous en avions vu un qui faisait traverser la route à ses 4 petits.
Nous sommes fiers d’avoir pu immortaliser le derrière de l’un d’eux
car, dans ces moments fugaces, la surprise nous fait souvent oublier
l’appareil photo.
Nous avons évolué dans un monde d’animaux sauvages mais seul l’ours nous a fait un peu peur. Il nous est arrivé de suivre un sentier étroit, bordé d’un côté par un ravin et de l’autre par une forêt impénétrable. Sachant que l’ours préfère aussi suivre les chemins et qu’il est de loin prioritaire, la courtoisie nous aurait poussé à lui laisser la place, mais dans ce cas, de quelle façon ? L’orignal qui passe son temps à brouter des herbes aquatiques, parait plus inoffensif, à tort car, menacé dans son périmètre de sécurité, il charge aussi, cet imbécile, et les accidents sont plus fréquents qu’avec les ours.
Ce monde sauvage est tellement accrocheur, on se sent si bien dans ce silence, qu’on en oublierait presque de repartir. Nous avons fait une randonnée, tous seuls, occupés à regarder des caribous traversant une rivière, un orignal inquiet guettant l’ours, son prédateur, un aigle se reposant sur un rocher ou, un soir, une loutre en pleine pêche qui croquait bruyamment sa nourriture.

Même les meilleurs moments ont une fin et nous voulions rejoindre Anchorage pour faire réparer Caraventure.
Tout ce programme était déjà bien complet. Il nous restait cependant une semaine à Anchorage que nous devions passer avec Christian et Lauria, le frère de Geneviève et sa femme, canadiens tous les deux. Nous les avons récupérés comme prévu, à leur sortie d’avion et avons commencé notre « jasette » près du tapis roulant qui restitue les bagages. Ils nous ont alors annoncé avoir voyagé avec des personnes que nous connaissions…. et nous avons vu apparaître… nos deux filles !
Depuis des mois ils se réjouissaient déjà de la tête que nous ferions à cette occasion et ils n’ont pas été déçus devant nos airs ahuris. Notre cerveau a eu du mal à décoder les premières images, quelques neurones ont disjoncté, d’autres ont fondu, notre coeur s’est arrêté. Et puis, heureusement, tout s’est remis à fonctionner sans trop de séquelles. Mais le soir, malgré une longue douche chaude et l’immense lit kingsize qu’ils avaient eu la bonne idée de nous réserver dans un bel hôtel, nous avons eu du mal à trouver le sommeil !
Le lendemain, nous avons faussé compagnie à Caraventure et avons circulé tous les six dans une voiture pour visiter la péninsule du Kenai, au sud d’Anchorage. Malgré une météo souvent humide, nous avons mis les bouchées doubles : marche auprès d’un glacier, observation dans le détroit de Turnagain du mascaret quotidien suivi par le défilé des bélugas qui profitent de la marée montante.





A Homer, pêche à l’halibut en mer pour les hommes (deux prises de 13 kg chacune !),
kayak de mer pour les dames,



vol en hydravion pour rejoindre une rivière du Katmai et observer, à quelques mètres de nous, les grizzlis manger les saumons.


Pêche en rivière, croisière dans le fjord de Seward pour observer les aigles, lions de mer, macareux,

petites baleines et autres loutres.
Restaurant tous les jours pour savourer la cuisine locale sauf une fois,
cuisson à l’hôtel d’un filet d’halibut pêché par les hommes – un régal. Au retour, à l’aéroport d’Anchorage, plusieurs orignaux ont bien voulu compléter notre extraordinaire tableau d’animaux sauvages.
Aéroport, cela signifiait le départ de la famille qui aura dû supporter de nombreuses escales et heures de vol pour nous rejoindre, et la fin de cette semaine qui restera, à n’en pas douter, la plus belle de notre tour du monde.
C’est ici que s’est terminée notre visite en Alaska. Encore une région que nous quittons à regret. Nous sommes rentrés dare-dare à Vancouver, au Canada, où d’autres tâches nous attendent, croisant sur la route des bisons et des mouflons,

traversant de superbes paysages d’automne, le jaune d’or des trembles, le rouge des cornouillers s’enflammant sous le soleil - une dernière folie de cette nature avant le calme de l’hiver.

Hiver que nous allons escamoter encore une fois puisque notre prochaine lettre sera envoyée, nous l’espérons, depuis la Nouvelle Zélande, où nous retrouverons le printemps, laissant à Caraventure le temps de traverser de son côté le Pacifique.
Avec nos bien sincères amitiés à tous nos lecteurs dont nous apprécions la fidélité,
Mike and Genny