Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.

Ushuaia :Cette destination qui nous a fait tellement rêver, nous y
sommes arrivés vers la mi-décembre, enfin ! (Prononcer
« oussouaia » si vous voulez faire connaisseur). Nous y avons passé
presque une semaine, la météo étant favorable et nous avons
beaucoup aimé. Nous pensions trouver une région austère et rude
et c’est tout le contraire …sous le soleil. Les montagnes sont majestueuses
et la baie, parsemée de petites îles très belles. Les maisons
en bois coloré ont même des lupins dans leur petit jardin. Le
coeur de la ville (61 000 ha) est animé et très touristique ; on entend
parler toutes les langues.
On vous propose de multiples activités comme aller jusqu’au Cap
Horn ou l’Antarctique, mais en ce qui nous concerne, ce sera hélas
pour une prochaine fois ! L’ancienne prison pour bagnards, construite
par les prisonniers eux-mêmes, sert maintenant de musée et
on peut y passer des heures : histoire du pays, de l’Antarctique, des
navigateurs, des peuples primitifs, des colons, des prisonniers célèbres.
Nous avons aussi passé deux jours dans le Parc de la Terre de Feu
en faisant des randonnées le long du canal Beagle ou du Rio Pipo.
La nuit, les touristes repartis, le parc était à nous, calme et paisible,
avec la musique du Rio Pipo à côté de Caraventure pour nous endormir.
Et pour faire des photos du lever du soleil dans l’austral, il
faut faire sonner le réveil à 4 h.
Avant de remonter vers le nord, nous avons fait un petit détour par
le Cap San Pablo, une région où les castors ont été réintroduits. Ils
semblent s’y plaire beaucoup (mais les riverains apprécient beaucoup
moins). Nous n’avons pas pu les voir car il aurait fallu dormir
près d’un barrage et nous n’avions pas de place pour Caraventure.
Mais nous avons marché sur leurs constructions et « admiré » le
carnage : un petit ruisseau, capté et retenu, devient un lac magnifique,
les arbres alentour sont en cours de grignotage ou déjà emportés
pour la consolidation. Les castors colmatent leur digue avec de
la terre sur laquelle la végétation repousse et l’on peut croire qu’il
s’agit d’un passage naturel. Ils ont eu droit à toute notre admiration,
mais, visiblement également aux coups de carabine des riverains…
Pour quitter, et ce faisant à regret, la Terre de feu, nous sommes
repassés par le détroit de Magellan. Pas de vent fort, mais quatre
heures d’attente pour le bac, sans doute en raison des fêtes. Et
cette fois-ci nous avons pu voir des dauphins blancs à tête noire
suivre le bateau et jouer dans son sillage.
Ensuite une route rectiligne nous attendait dans un relief tellement
plat que le ciel semblait occuper tout l’espace. La côte Atlantique ne
présente pas grand intérêt. Pour une fois nous vous épargnerons
nos superlatifs !
Nous avons passé Noël beaucoup plus au nord, à Camarones, petit
port de pêche, qui se déclare « la capitale du saumon ». (Florent
Pagny habite dans une estancia voisine). Les températures s’étant
logiquement réchauffées, nous sommes passés du « friscito » au
« que calor ! » sans nous en rendre compte, et avons hélas perdu
nos courtes nuits australes, pour retrouver un soleil qui se couche à
des heures classiques. L’eau verte de l’océan nous a immédiatement
attirés, mais les 16° nous ont remis les idées en place rapidement.
Nager les pieds en porte manteau car les articulations grincent
n’est ni esthétique ni efficace et nous avons regagné Caraventure
qui nous attendait tout pimpant pour le réveillon : décors réalisés
par les élèves de l’école Jules Ferry et par nos filles. Nous
avons pu écouter des chants de Noël sur un CD ce qui nous a mis
dans l’ambiance, quoique Noël en été, ce soit malgré tout un peu irréel
pour nous. Champagne et cacahuètes quand même, steak au
poivre et chips, ne vous déplaise, quéqué soit un cake anglais
et...cerise sur le gâteau, des cerises ; c’est la saison. On ne manque
de rien dans Caraventure !
Pour digérer ce copieux réveillon, nous avons visité le lendemain la
plus grande réserve de pingouins de Magellan d’Amérique du sud,
à Punta Tombo. Ils deviennent terriens pour la reproduction et construisent
des nids, non loin de la plage, sorte de cavité à même la
terre, ou à l’abri de buissons. Les visiteurs doivent suivre un sentier
obligatoire et ne pas s’en écarter afin de ne pas déranger ces charmantes
petites bêtes. Mais ce sont les pingouins qui vont et viennent
et traversent « notre » chemin. Nous pouvions donc les approcher
de très près. Michel, pendant qu’il regardait à travers une longue
vue mise à la disposition des visiteurs a senti quelque chose
sur sa chaussure : c’était un pingouin qui lui donnait des coups de
bec pour récupérer son territoire. Leur cri ressemble à celui de l’âne,
alors vous pouvez imaginer ce que donnent 700 000 pingouins qui
discutent en même temps, sans parler de l’odeur. Nous avons senti
le pingouin pendant deux jours, d’autant que nous avions eu
l’autorisation de dormir avec Caraventure sur le parking de la réserve
et il avait eu tout le temps de s’en imprégner aussi. Moment
surréaliste quand, à quatre heures du matin, nous avons été réveillés
par une foule de pingouins bavards allant à la playa et qui traversaient
le parking !
Notre dernière étape importante en Argentine était le passage dans
la péninsule Valdès, lieu de villégiature tout à la fois des lions de
mer, des argentins, des éléphants de mer, des touristes étrangers,
des pingouins, des orques. C’est surtout l’endroit choisi par les baleines
pour la naissance de leurs petits. Nous savions que nous
étions hors saison pour cela et la dernière baleine ne nous avait pas
attendus, soumise elle aussi à ses contraintes d’agenda. Mais nous
avons vu les lions de mer, du haut des falaises ou à distance respectable
et c’est mieux comme ça. Ils sont en général allongés côte
à côte, vautrés, souvent parfaitement parallèles, luisants sous le soleil
et étonnamment flasques et gras.
Leur sommeil est faussement profond car lorsque la mer se retire
trop, ils ondulent mollement une ou deux fois, sans même relever la
tête, pour être à nouveau en contact avec le sable mouillé. Et si, par malheur, un indésirable entre dans leur territoire, alors ils réagissent
immédiatement avec une agressivité qui n’a plus rien de flasque.
D’inertes, ils deviennent méchamment arrogants, se mettent à
« courir » sortant les crocs et hurlant des choses sans nul doute très
grossières.
A Valdès nous avons retrouvé les traces d’Antoine de Saint-
Exupéry qui survolait souvent la péninsule. L’île aux oiseaux, accessible
à marée basse, a la forme d’un chapeau. Elle aurait servi
de modèle au dessin du boa qui dévore un éléphant dans le Petit
Prince.
Pour terminer l’année, nous avons fait une halte à Gaiman, non loin
de là. C’est une petite ville créée par des colons gallois en 1870. Il
reste les premières maisons construites en pierre et en brique ainsi
que la chapelle, et la tradition des « casas de te ». On a testé pour
vous et nous pouvons affirmer qu’il faut y aller, mais déjeunez léger
avant : on vous sert un plat avec différentes parts de gâteau au
chocolat, à la banane, à la pomme, au citron, au dulce de leche
(genre de nutella au caramel) avec meringue, à la gelée de groseille
plus une assiette de petits sandwichs salés. Nous avons presque
tout mangé. Ceci à l’attention de ceux qui ont souri à la lecture de
notre menu de réveillon et à celle qui a osé nous parler d’un Pithiviers
maison qui hante depuis nos nuits ! Ces salons de thé sont
installés dans des demeures anciennes et le décor gallois à
l’intérieur est précieusement conservé, ainsi que le petit jardin soigné
à l’anglaise, euh, à la galloise !
Nous avons à nouveau réveillonné
dans Caraventure et c’est lorsque nous avons entendu la sirène
des pompiers et les pétards à minuit que nous nous sommes
rendus compte que nous vivions avec une heure de décalage sans
l’avoir remarqué. Nous faisons très attention à suivre le calendrier,
mais après avoir passé plusieurs fois la frontière Chili/Argentine,
nous avions oublié de vérifier l’heure.
Le lendemain nous avons retraversé le pays en une journée pour
retrouver la Cordillère et passer au Chili non sans avoir rencontré
des paysages magnifiques, désertiques, ocre, modelés par le rio
Chubut.
Et c’est ainsi que s’est terminé notre voyage en Argentine. Nous
quittons à regret ce pays façonné par les glaciers et les volcans, aux
paysages variés et somptueux.
Nous avions aussi beaucoup de tendresse pour ses innombrables
guanacos, fins et altiers qui sautent les clôtures avec tant de grâce.
Mais d’autres pays nous attendent.
Pour faire un rapide bilan de ces cinq mois passés à bord de Caraventure,
nous pouvons dire que notre voyage se déroule sans problème
majeur selon le programme que nous avions imaginé. Mais
nous ne pourrions rien faire sans l’aide de nos filles qui gèrent nos
affaires en France. Et il y a toujours quelque chose : ouvrir le courrier,
répondre au cadastre, faire passer le contrôle technique à la
voiture, trouver ce qui fait disjoncter le compteur et faire réparer,
remplacer la carte bleue volée et l’expédier, ce qui ne fut pas une
mince affaire (si vous pouvez, évitez DHL) sans compter qu’on les
sollicite souvent. Un grand merci les filles, il ne reste plus que 19
mois…
Un mot aussi pour nos petits amis de l’école Jules Ferry, qui sont une des joies de notre voyage. Nous avons reçu à Ushuaia en poste restante une grosse enveloppe, contenant même des bonbons, et tout le monde avait mis un mot très gentil, tout décoré. En plus d’avoir trouvé un nom pour Caraventure, ils ont travaillé sur un logo tour du monde. Ils ont des professeurs aussi sympathiques que dynamiques qui savent utiliser toutes les informations que nous pouvons leur passer et font même des contrôles de français à partir de nos newsletters. Nous essayons de nous faire pardonner en les associant le plus possible à notre route et Caraventure profite de ce message pour leur envoyer un gros coup de klaxon amical !
Notre histoire va se continuer au Chili, sans que nous ayons à quitter définitivement nos « zandes » adorées. Alors, à très bientôt… si vous le voulez bien…
Un abraso a todos
Genoveva y Miquel Cazenave.
NDW : N'oubliez pas de visiter leur site :