Camping-Cars sur les Routes de la Soie et du Monde.
Le 8 juin 2006 nous atteignons Les Rocheuses. Les ennuis mécaniques des Denis étant provisoirement résolus, le trio se reforme.
Nous sommes dans les parcs nationaux : Banf, Jasper. Le tourisme ici est très encadré, pas question de faire du camping sauvage. Les paysages sont superbes, les lacs tous plus bleus les uns que les autres, les torrents, les chutes spectaculaires et tous accessibles par des sentiers balisés qui offrent des vues de cartes postales.
Dans les parcs, les animaux sont nombreux et peu farouches: orignaux, biches et ours traversent paisiblement les routes. Robert nous pêchera là ses premières prises : 2 truites de 50 cm que nous grillerons aussitôt. Un peu plus tard nous arrêtons devant le glacier Athabasca, c'est une énorme langue de glace qui descend de 4000 m. Autrefois elle atteignait la route, aujourd'hui il faut aller la chercher très loin. Le glacier fond de 100 mètres par an et dans 100 ans il aura disparu.
A Dawson-Creek, nous passons au Yukon. Ici commence le km zéro de l'Alaska Highway. Cette route fut construite en 1941 quand, après Pearl-Harbour, les Américains craignant une invasion par l'Alaska, construisirent cette route à travers une nature montagneuse, accidentée et à peine explorée.
Ce fut un exploit accompli en moins de 9 mois : 2500 km de Dawson-Creek à Fairbank !
La nature est superbe, les cimes enneigées se détachent, à les toucher sur le bleu intense du ciel. Un matin nous observons 2 ours en train de manger paisiblement des fleurs de pissenlit sur le talus. Ils ne nous verront même pas. En revanche, l'un d'eux viendra saluer les Gastaud de très près, jusqu'à griffer le capot pour lécher les moustiques.
Avant de rejoindre White-Horse, la capitale du Yukon, nous bifurquons plein sud pour descendre jusqu'à Skagway. Nous sommes sur les bords du Pacifique et en territoire américain. Skagway, c'est le port où débarquaient les aventuriers venus de Californie lors de la Ruée vers l'Or, en 1896. L'un d'eux s'appelait Jack London. Après une très belle descente de 1000 m, nous découvrons le port au fond d'un fjord profond. Tout est restauré façon Far-West : maisons aux frontons et aux trottoirs de bois, saloons, nombreuses boutiques d'Indous qui vendent de l'or, bazars pour touristes où tous les souvenirs sont "made in China".
Un paquebot géant déverse les touristes américains qui après la visite de la ville prendront le petit train pour suivre "LA CHILKOOT TRAIL",100 m plus haut .Cette Chilkoot-Trail, vous l'avez sûrement vue au cinéma ! Les chercheurs d'or montaient la passe à pied , le nez sur les chaussures de celui qui le précédait. En hiver, mal habillés, lourdement chargés, c"était une rude épreuve et ils devaient faire le trajet plusieurs fois car le gouvernement exigeait que chaque arrivant ait avec lui 100 Kg d'équipement et de nourriture. Plus de 100 000 prospecteurs se mettront en route.
En 1896, à peine 40 000 atteindront White-Horse. Il faut dire que parvenus en haut de la passe, ils devaient se construire une embarcation et sur 500 Km affrontaient de terribles rapides qui les conduisaient à White-Horse. Ensuite le reste du trajet jusqu'à la ville mythique de Dawson-City était relativement plus facile.
White-Horse est une capitale de 30 000 habitants qui regroupe l'essentiel de la population du Yukon pour plus de 500.000 Km carrés, c'est dire si ce territoire est celui des grands espaces dans une nature encore intacte et splendide. C'est là que nous laisserons les Denis, Henri ira soigner sa cheville en France ; ils reviendront deux mois plus tard récupérer leur véhicule.
Nous continuons avec les Gastaud vers Dawson-City. La ville occupe un très beau site au confluent du Klondike et du Yukon C'est là que fut découverte la première pépite d'or en 1896. La ville poussa comme un champignon jusqu'à compter 50 000 hommes. Les rivières furent creusées, tassées puis draguées par des machines de plus en plus énormes qui défigurèrent le paysage. Bien peu de petits prospecteurs firent fortune, les intermédiaires, les compagnies minières et les commerçants, oui ! On buvait du champagne, on allait au théâtre, on faisait venir les plus belles toilettes de Paris, on payait en poudre d'or On jouait et quand on avait tout perdu, on retournait creuser la rivière, plus pauvre qu'avant !
La splendeur de Dawson fut éphémère. Dès 1904 les gisements étaient épuisés : la ville se vida et ne compte plus aujourd'hui que 1000 habitants. Mais contrairement à Skagway, elle a gardé toute son authenticité; c'est émouvant de se promener sur ses trottoirs de bois, de rentrer dans ses boutiques-bazars où l'on trouve de tout, des lacets de chaussures aux minis pépites d'or, en passant par toutes sortes de fourrures. Beaucoup de maisons ont été restaurées avec goût, d'autres sont d'origine et s'affaissent doucement dans la nostalgie d'un passé plus glorieux.
Avant de quitter la région, nous ferons une incursion plein Nord vers Inuvik (750 km de piste à travers les Territoires du Nord-Ouest) au pays des Inuits. Nous découvrirons le delta du Makenzie où les moustiques nous feront la fête ; retour à Dawson, les véhicules crépis de boue jusqu'au toit.
Difficile de s'arracher au charme de cette ville ! Il faut bien partir pourtant ! Pas de pont sur le Yukon, mais un traversier qui vient à la demande. Nous ne sommes qu'à une centaine de km des U.S.A. Très belle route en altitude, appelée "the top of the world ».Nous arrivons au petit poste frontière où le douanier est très surpris de trouver là 2 Frenchies avec leur véhicule, il nous demande si nous venons de gagner au casino de Dawson.
Nous arrivons à Fairbank, capitale de l'Alaska. Nous obliquons plein sud et visitons le parc de Dinali, dominé par le mont Kinsley, le plus haut sommet de l'Amérique du Nord. Ici c'est le domaine des grizzly, mais nous ne les verrons que de loin.
Anchorage ! Je ne pouvais imaginer cette ville que figée dans la froidure d'un hiver perpétuel et nous la découvrons par 30° à l'ombre, au milieu des fleurs et des pelouses !
Plus au sud, à Whittier nous embarquons pour la croisière des 26 glaciers. Je ne les ai pas comptés mais il y en a vraiment beaucoup qui viennent mourir dans le fjord. On les longe à les toucher au milieu des loutres qui font la planche, indifférentes au succès qu'elles suscitent. Les jours sont très longs, nous roulons entre lacs et cimes enneigées quand le soleil tardif incendie de pourpre un glacier qui se reflète dans le bleu du fjord .
Homer, Seeward, Valdez, les plus beaux ports de l'Alaska et le paradis des pêcheurs. Pour le saumon, il faut aller sur les rivières Kénai et Russian. Robert prendra son permis et se fera un véritable festival. Les pêcheurs sont installés sur une rive tandis que juste en face les ours jouent comme des gamins.
C'est là que nous quittons les Gastaud. Nous voulons retourner au plus vite vers l'Est pour avoir le temps d'aller à Terre-Neuve avant de nous retrouver tous au Québec.
Nous quittons l'Alaska par la superbe route qui longe les monts Wrangle : des centaines de glaciers, vingt des plus hauts sommets des U.S.A. dont un à plus de 6000 m.
Nous revoilà en Colombie-Britannique, nous traversons plaines et montagnes : peu de circulation, quelques rencontres pittoresques, des ours, des coyotes et même un loup. Avons vu aussi une très poétique voie ferrée entièrement couverte de fleurettes, ballast compris, Elle aurait beaucoup plu à PREVERT ! Le soir nous nous arrêtons près d'un lac ou d'un torrent. Le feu est vite allumé et la poêle du trappeur entre en fonction.

Arrêt pour quelques jours sur l'île Victoria. Nous flânons dans les petits ports, traversons la belle forêt primaire et apprécions le charme très british de la capitale. Vancouver nous séduira : belle ville aérée où l'eau est omniprésente.
Il est temps pour nous de mettre cap à l'Est vers Terre-Neuve. Les trois équipages se retrouveront comme prévu au Québec... mais c'est une autre histoire...
Jacques et Danièle Peyrin.